"Des voitures électriques à 20 000 ou 25 000 euros, ce n'est pas un coup marketing"
Rencontre avec Fabrice Cambolive, directeur général de Renault, qui évoque le succès commercial de la R5 électrique.

- Publié le 13-01-2025 à 09h59
- Mis à jour le 13-01-2025 à 10h35

Renault va bien, très bien même. Il y a bien sûr le titre de voiture de l'année pour la R5 E-Tech, décroché vendredi à Bruxelles pour la 2e année consécutive. C'est toujours bon à prendre. La marque au losange est surtout dans une phase ascendante dans un marché européen et belge difficile, lui permettant de gagner des parts de marché et même de passer le cap du million de voitures vendues sur le Vieux Continent. "Les constructeurs à plus d'un million de véhicules, c'est un club très fermé", souligne Fabrice Cambolive, directeur général de la marque. Rencontre.
"2024 est notre deuxième année consécutive de croissance", poursuit-il. C'est une croissance globale de 0,6 % et même de 9 % dans le segment des voitures électriques en Europe. Il n'y a pas vraiment de secrets. "Nous avions fait les choix technologiques et produits qui s'avèrent pour l'instant justes. Le lancement de R5 marche, le choix de faire des hybrides marche, le choix de Google pour la connectivité marche, nos percées technologiques marchent et sont demandées par nos clients."
Une marque très équilibrée
La 2e raison, c'est que Renault marche sur deux jambes, en ayant à chaque fois un pied là où il faut. "Renault est devenue une marque très équilibrée, entre l'hybride et l'électrique, entre les véhicules particuliers et les véhicules utilitaires, entre le retail qui représente plus de 50 % de nos ventes en Europe et les flottes et entre l'Europe et l'international. Cela nous permet de saisir des gisements de croissance là où ils sont."
C'est par exemple le cas en Belgique. "Ce marché a soutenu ma vision de l'évolution de la demande du plug-in hybrid vers l'électrique. C'est intéressant de voir comment un changement de législation amène un changement d'usage quasiment immédiat", faisant référence à un modèle favorisant les hybrides rechargeables vers un modèle encourageant très fortement les véhicules électriques. "La question de savoir si l'électrique est un problème en termes de technologie ne s'est plus posée." C'est encourageant pour l'avenir. "Le fait d'avoir brisé le plafond de verre par les flottes sur l'électrique va avoir un effet d'entraînement pour le particulier sur le segment B", où l'on retrouve justement la Renaut 5 électrique.
Et là, tout se passe pour le mieux dans le meilleur des mondes, si l'on croit les premiers chiffres de vente de cette voiture commercialisée depuis quelques mois. "La R5 a enregistré des ventes exceptionnelles en novembre et décembre en France, ce qui nous a permis de prendre le leadership des véhicules électriques", poursuit le directeur général de Renault. "En Belgique, la R5 a notamment bénéficié du coup de pouce de la fin de la prime flamande à l'achat d'un véhicule électrique.
Qui achète une R5 E-Tech ?
Comment expliquer ce succès. Tout d'abord, c'est "notre premier véhicule électrique depuis l'arrêt de la Zoé et de la Twingo sur des tranches de prix où nous n'étions plus présents". Cette tranche de prix débute à 25 000 euros mais dépasse aussi largement les 30 000 euros.
La R5 E-Tech bénéficie en premier lieu de l'intérêt des "Early adopters", ces acheteurs de Zoé et de Twingo qui peuvent à nouveau acquérir une Renault électrique "abordable". Surtout, Renault récupère des clients d'autres marques, "qui veulent passer à l'électrique".
Pour Fabrice Cambolive, Renault est par conséquent dans les clous. "Sommes-nous capables de lancer une Renault 5 à 25 000 euros ? C'est le cas. Sommes-nous capables d'avoir une Renault 5 qui plaît et fait du volume en Europe ? C'est aussi le cas. Sommes-nous capables de lancer une Renault Twingo à 20 000 euros en 2026 ? Nous sommes sur la trajectoire. Renault ne fait pas des voitures à des prix plus bas pour faire des coups marketing. Nous faisons des voitures qui se vendent et qui doivent faire du volume. Dans un marché extrêmement instable, ce qui est important, c'est d'abord notre propre compétitivité."
Épée de Damoclès
Une épée de Damoclès pèse toutefois sur tous les constructeurs : la Commission européenne leur impose depuis le 1er janvier une norme d'émission globale de 95 grammes de CO2 par kilomètre pour les voitures neuves vendues depuis cette date, avec un décompte annuel pour chacun d'entre eux. Ce n'est pas gagné d'avance, et de lourdes amendes risquent de frapper les "mauvais élèves" aux yeux de l'Exécutif européen.
Fabrice Cambolive reconnaît qu'il faudra une solide progression des ventes de véhicules hybrides et électriques pour y arriver. Renault a toutefois quelques atouts en mains. L'offre hybride en est un. "La Clio hybride, qui représente plus de la moitié des ventes de Clio en Europe est à 93 grammes. Toute Clio hybride vendue a déjà un effet neutre." D'autres modèles sont également quasiment dans les normes.
Reste que des constructeurs pourraient ou pourront être tentés de pousser la vente des véhicules électriques pour éviter ces amendes, à coups de promotions tarifaires plongeant du coup le secteur dans un tourbillon. "Notre capacité à aller sur les tranches de prix plus basses fonctionne chez Renault. Notre approche n'est pas d'adopter des baisses de prix mais de proposer des produits adaptés aux usages des consommateurs. C'est ce que l'on essaiera de poursuivre, même si on regardera bien entendu le niveau de pression commerciale. Si vous êtes capables d'avoir des produits avec de la valeur clients sur les tranches de prix que recherchent les consommateurs, vous n'avez pas forcément besoin de baisser vos prix. Notre meilleure protection contre une guerre des prix est de proposer au plus vite notre R5 d'entrée de gamme à 25 000 euros et notre Twingo à 20 000 euros".
