La vice-présidente du Foyer anderlechtois dénonce un "comité de dérogation clandestin" pour contourner les listes d'attente
Marcela Gori, vice-présidente du Foyer anderlechtois, pointe l'existence d'un système d'attribution parallèle des logements sociaux qui aurait fonctionné durant trois ans sans être approuvé par le conseil d'administration.

- Publié le 05-06-2026 à 06h42
- Mis à jour le 05-06-2026 à 11h38

Les révélations de l'émission Pano (VRT), conjuguées aux enquêtes de plusieurs médias, dont La Libre, continuent de secouer le paysage politique bruxellois. Au cœur du scandale : des soupçons de clientélisme électoral, d'ingérences politiques et de favoritisme au Foyer anderlechtois.
La Secrétaire d'État bruxelloise au Logement, Karine Lalieux (PS) s'était montrée catégorique : "La SLRB (Société du logement de la Région bruxelloise) me l'a certifié : aucun dossier n'a été attribué de manière unilatérale et individuelle, ni par le fait du prince. Il n'y a pas de passe-droit au Foyer anderlechtois ! "
Selon elle, le mécanisme − dossiers anonymisés, validés par un conseil d'administration (CA) pluraliste et contrôlés par un délégué social de la SLRB − rendrait toute tricherie "impossible".
Marcela Gori (MR), vice-présidente du Foyer anderlechtois, a toutefois contacté notre rédaction pour contredire cette version, ciblant particulièrement le comité de dérogation, un organe créé hors de la liste chronologique classique, et mentionné dans l'enquête de Pano.
Un "comité clandestin"
La semaine dernière, face aux parlementaires bruxellois, Karine Lalieux avait assuré que ce comité de dérogation avait été "créé par le conseil d'administration, unanimement, en 2021".
Elle avait concédé qu'un récent audit avait qualifié ce comité d'"irrégularité, pas une illégalité", car non prévu par les statuts, tout en défendant la validité des décisions d'octroi de logement prises depuis lors.
Or cette chronologie officielle est mise à mal. Un document interne au Foyer anderlechtois, daté du 11 juin 2025 et signé par le président Lotfi Mostefa et que La Libre a pu consulter, mentionne la date du 24 février 2025 pour la délégation de compétence à ce comité par le conseil d'administration. Soit trois ans après la date avancée par la ministre.

"Cela contredit l'argumentaire du PS et montre que la légalité de ce comité pose question", souligne Marcela Gori. "En 2021, un 'système D' a été mis en place sans l'aval du CA, associant Lotfi Mostefa, le directeur général Laurent Gabele (PS) et deux assistants sociaux. Cette structure a fonctionné dans l'ombre. Quand je suis arrivée à la vice-présidence, je l'ai signalé, et c'est là que la SLRB est intervenue pour exiger une validation." Selon l'élue libérale, ce comité aurait ainsi fonctionné de manière "clandestine" jusqu'au début de l'année 2025.
L'illusion de l'anonymat
Devant les députés, la ministre a précisé que les dossiers des candidats aux logements sociaux "sont anonymisés depuis février 2025". Avant cette date, l'anonymat n'existait donc pas. Le MR y voit la porte ouverte aux pressions hiérarchiques sur le personnel.
"Dans les faits, ce comité réunissait deux employés et leurs deux patrons", explique Marcela Gori. "Pensez-vous réellement que ces deux assistants sociaux avaient le choix de s'y opposer ?

Une fois le dossier validé par ce comité de dérogation, estime-t-elle, le délégué social de la SLRB ne pouvait généralement que confirmer la décision. "Le délégué validait les dossiers sans connaître la pression que ces assistants sociaux ont pu subir lors de ce comité, lors de la rédaction de leur enquête de terrain", ajoute-t-elle.
Pour permettre à certains candidats de choisir leur logement − ce qui est réglementairement impossible −, le comité aurait instauré le "gel" de dossiers, ajoute Marcela Gori.
"Si votre personne arrive en tête, mais que le logement ne lui convient pas, vous bloquez le dossier et retirez son nom de la liste jusqu'au moment où un bien adéquat se libère", détaille la vice-présidente. Le but ? "On a pu le voir dans d'autres messages, cela permet d'obtenir un soutien aux élections."
"Si tu penses à quelqu'un…"
Des captures d'écran de conversations entre Lotfi Mostefa et son ancienne secrétaire, que La Libre a pu consulter, illustrent cette gestion personnalisée.
En décembre 2023, sa secrétaire l'informe de la disponibilité d'une maison de deux chambres "au Bon Air". "Si tu penses à quelqu'un", répond le président. Plus loin, des noms de locataires précis sont avancés proactivement pour des transferts du quartier sensible du Peterbos vers des maisons individuelles. "Pour le prochain CATT (NdlR : Comité des attributions), tu penses qu'on doit transférer E. et A. vers une maison une chambre ?", écrit Lotfi Mostefa.
Le président va jusqu'à envoyer des captures Google Maps des habitations à sa secrétaire pour vérifier si elles conviennent aux candidats avant même les visites officielles : "Faut voir s'il est ok", précise-t-il.
Pour le MR, ces échanges démontrent une connaissance intime des identités des bénéficiaires et une ingérence politique directe, bien avant l'attribution officielle.
La ministre renvoie vers la commission d'enquête
Contactés par La Libre, Lotfi Mostefa, président du Foyer anderlechtois, et Laurent Gabele, le directeur, n'ont pas souhaité commenté. "Une instruction judiciaire étant en cours, le Foyer Anderlechtois ne s'exprimera pas sur ce sujet", précise la porte-parole du Foyer Anderlechtois qui "tient à rappeler qu'il coopère pleinement avec la justice et qu'il continue d'assurer normalement ses missions au service des habitants."
Sollicitée par La Libre, Karine Lalieux réserve quant à elle ses réponses à la future commission d'enquête du parlement bruxellois. La tempête anderlechtoise se réglera désormais sous le feu des projecteurs parlementaires.