On sait depuis longtemps que les F-16 peuvent voler bien au-delà de 2023
- Publié le 21-03-2018 à 11h34
- Mis à jour le 21-03-2018 à 18h29

Alors que les offres sont analysées par la Défense, le dossier du remplacement du F-16 redescend dans l'arène politique.Le pavé dans la mare, lancé par les socialistes flamands et francophones, dans le dossier de remplacement des F-16 belges n'en finit pas de faire des vagues. Leurs conséquences sont imprévisibles. Pour rappel, comme le révélait "La Libre" mardi matin, une étude réalisée par Lockheed Martin, fabriquant du F-16, datée du 26 avril 2017, indique que les avions de la Force aérienne peuvent, dans certains cas, dépasser leur potentiel généralement admis de 8 000 heures de vol. Et donc voler bien au-delà de 2023, moment à partir duquel ils devaient être mis progressivement hors service. Cette prolongation étant envisageable après des modernisations évaluées à 1 milliard d'euros.
En théorie, cela remet en cause le processus d'acquisition de nouveaux avions de combat. L'opposition socialiste et écologiste, rejointe par les humanistes, réclame la suspension du processus d'acquisition de remplaçants aux F-16, pour lesquels Lockheed Martin (F-35) et Eurofighter (Typhoon) ont soumissionné des offres. Ce qui, indirectement, pourrait remettre en course le Rafale de Dassault, proposé hors appel d'offres.
Cette affaire met par ailleurs le ministre de la Défense, Steven Vandeput (NV-A), dans une situation très gênante. De deux choses l'une : ou il ment, ou l'armée lui a menti, au moins par omission.
Devant la tournure que prenaient les événements, mardi, le Premier ministre Charles Michel (MR) est monté au front, demandant au ministre de la Défense qu'une enquête soit réalisée au sein de son département afin de déterminer qui est à l'origine de l'étude et qui en connaissait l'existence.
Dans le même temps, SP.A et PS ont demandé une réunion d'urgence de la commission Défense de la Chambre, pour que le ministre puisse s'expliquer. Confirmant son ignorance de l'étude divulguée mardi, Steven Vandeput est arrivé avec une seconde étude, toujours signée Lockheed Martin, datant du 12 février 2018, et tenant compte des précisions sur l'utilisation des avions par la Force aérienne belge. Selon ce dernier document, certains F-16 A/B Tranche 15 belges sont bons pour… 27 ans de service en plus.
La faute aux militaires ?
En commission, les échanges, parfois fort vifs, ont duré très longtemps. Il en ressort que M. Vandeput rejette la faute sur la Défense, la hiérarchie militaire n'ayant pas transmis ces informations. Pourquoi ? Pour ne pas plomber l'option du F-35, privilégiée par les militaires ? Dans l'une de ses interventions, le député SP.A Dirk Van der Maelen a mis clairement en cause le général Frederik Vansina, patron de la Force aérienne, et Claude Van de Voorde, son homologue au Service général du renseignement et de la sécurité (SGRS).
Sur le fond maintenant, la prolongation des capacités de vol des F-16 belges ne devait être un secret pour personne. Mi-2015, dans le cadre de la commission Défense, en réponse à une question du député PS Sébastien Pirlot, le ministre a fourni un état des lieux détaillé, avion par avion, des 54 F-16 encore en service. Au 31 mai 2015, certains dépassaient tout juste les… 4 000 heures de vol, la moyenne de la flotte tournant autour des 5 000 heures. Plus de la moitié de ces avions ont été réceptionnés entre 1988 et 1991. Cela leur laissait, il y a trois ans, un potentiel théorique de 3 000 heures environ, c'est-à-dire bien au-delà de 2023… Pour un ministre qui se présente comme "moi, comptable de Hasselt", ne pas avoir fait ces petits calculs paraît surprenant.
Des avions plus ou moins fatigués
Les études demandées par l'armée à Lockheed Martin sont logiques de la part d'un utilisateur qui a besoin de savoir où en est son outil de travail. L'état d'un avion ne se calcule pas seulement en heures de vol, mais aussi en cycles décollage-atterrissage et en type d'utilisation. Un chasseur bombardier utilisé pour une mission de patrouille accuse moins de "fatigue" des matériaux, s'use moins vite que le même impliqué dans de vifs combats aériens.
Une certaine prolongation a d'ailleurs été anticipée. La Défense a en effet acheté des équipements en… janvier 2018, auprès de la firme danoise Terma pour la modification des pylônes installés sous les ailes de ses 54 chasseurs F-16 et qui seront dotés d'un système de détection de missiles. Que l'on ne vienne dès lors pas dire que l'on ne s'attendait pas à voir les F-16 opérationnels encore un certain temps.
Une nouvelle réunion - prévue - de la commission Défense de la Chambre a lieu mercredi matin.
Le deuxième rapport de Lockheed Martin:
