Remplacement des F-16: pour l'industrie, c'est choisir un nouvel avion et vite, ou mourir
PS et sp.a ont mis la main sur une étude de Lockheed Martin indiquant que la durée de vie des F-16 peut être prolongée de six ans, contrairement à ce qui a toujours été dit. L'industrie se cabre : selon celle-ci, il faut remplacer le F-16 rapidement.
- Publié le 20-03-2018 à 13h35
- Mis à jour le 21-03-2018 à 10h48

PS et sp.a ont mis la main sur une étude de Lockheed Martin indiquant que la durée de vie des F-16 peut être prolongée de six ans, contrairement à ce qui a toujours été dit. L'industrie se cabre : selon celle-ci, il faut remplacer le F-16 rapidement.
Alors que les membres de la cellule Accap (Air Combat Capability Program) épluchent, à des fins d'évaluation et en toute discrétion, les quelque 6 000 pages remises par les deux candidats officiels au remplacement des F-16 belges, ces derniers sont à nouveau l'objet de rumeurs et d'hypothèses en tous sens.
Après l'idée du député Veli Yüksel (CD&V) d'acheter des F-16 d'occasion à la Grèce sans que l'on sache quoi que ce soit sur le type éventuel de matériel ni sur sa disponibilité, voilà l'hypothèse de prolonger la vie opérationnelle d'un certain nombre d'avions actuels, à la suite d'une étude demandée par la Défense à Lockheed Martin avant le lancement de l'appel d'offres.
Des options qui ont le don de faire sortir les industriels de leurs gonds et Thibauld Jongen de son silence. Jusqu'ici, comme ses pairs, le patron de la Sabca est resté fort discret sur ce sujet sensible, évitant de froisser tant les confrères belges que les avionneurs candidats.
Seule option pour l'industrie
Mais là, c'en est trop. "La Belgique est un petit pays qui n'a pas de marché intérieur pour l'industrie aéronautique", analyse Thibauld Jongen. Certains pays, comme les Etats-Unis, "sont suffisamment grands et souverains pour décider de manière autonome de financer et de développer toute leur chaîne technologique" , avec l'aide de puissants organismes fédéraux comme la Nasa.
Mais pour la Belgique, "la seule possibilité d'avoir de nouvelles compétences, c'est à travers un programme d'acquisition institutionnel". "Après, l'industrie a la responsabilité d'apprendre, d'intégrer et de redéployer ces compétences vers l'étranger."
Pour cet ingénieur civil en mathématiques appliquées à l'UCL, détenteur d'un master en dynamique des fluides et d'un doctorat ès sciences, l'équation se présente comme une hélice tripale : l'institutionnelle, l'industrielle et l'académique. Entre elles, un cercle vertueux : le premier niveau émet les besoins, le deuxième saisit l'opportunité et acquiert les compétences et le troisième ouvre le champ de recherche.
Thibauld Jongen sait très bien qu'avec les règles européennes les mécanismes de retours géographiques sont plus complexes. Il est aussi conscient qu'en Belgique "le communautaire pollue le jeu et empêche d'avoir une cohérence de vision". Mais il avertit : "Si la Belgique ne choisit pas un vrai remplaçant au F-16, l'industrie aéronautique belge va perdre l'opportunité de se mettre à niveau."
Les domaines où des appareils comme l'Eurofighter Typhoon, le Locheed Martin F-35, voire le Dassault Rafale, peuvent faire progresser l'industrie belge sont la cybersécurité, la fabrication, la maintenance et la réparation des matériaux composites, le software embarqué et la guerre électronique.
Thibauld Jongen dit ne pas prêcher uniquement pour sa chapelle. Dans ses propos, il est plus question d'industrie belge en général que de la Sabca, qu'il dirige et transforme à grands pas.
Comme la plupart de ses confrères, Sabca travaille à peu près pour tout le monde. Pour Lockheed, fabriquant du F-35, Sabca est le centre européen d'excellence pour la réparation, la maintenance et la mise à niveau du F-16 actuel. L'entreprise, basée à Haren (Bruxelles), fabrique aussi des revêtements ou peaux d'ailes pour le F-16. Mais "si la Belgique choisit le F-16, ça ne nous rendrait pas plus heureux" , selon le directeur général qui entend ainsi couper court à des rumeurs.
Par ailleurs, Sabca est détenue à 53 % par le groupe industriel Marcel Dassault, actionnaire de Dassault Aviation, maître d'œuvre du Rafale. Mais Dassault Aviation est aussi client de Sabca, via des sous-ensembles pour la famille d'avions d'affaires Falcon. Enfin, l'entreprise belge travaille aussi sur les A330, A350 et A380, pour la division avions commerciaux d'Airbus, dont la partie Défense et Espace participe au programme Eurofighter Typhoon. "Ces trois donneurs d'ordres ont une influence très forte sur le courant d'affaires actuel et futur de la Sabca. Ne pas choisir nous ferait courir le risque de reculer sur ces trois fronts."
Fenêtre d'opportunité
D'autant que, pour lui, la fenêtre d'opportunité est idéale : "Nous sommes la première compétition réelle pour le F-35. Les autres achats sont faits dans le cadre de partenariats d'origine (auxquels la Belgique a renoncé en 2000, alors que le socialiste André Flahaut était ministre de la Défense, NdlR). Cela nous permet d'avoir un petit bras de levier. Dans quatre ans, les Finlandais, les Suisses, les Allemands seront passés par là. Si nous faisons un nouvel appel d'offres, plus personne ne répondra."
"Sabca respectera le choix fait par la Défense, mais si on veut des avions, il est fondamental de se décider maintenant" , conclut le patron de la Sabca.
