L'exploit XXL de Thomas Detry vu par son premier coach de golf : "C'est le meilleur des élèves"
Thomas Detry n'avait que 10 ans quand il a rencontré son premier coach. Portrait.

- Publié le 10-02-2025 à 19h28

Parmi les milliers de Belges scotchés devant la télévision en Belgique dimanche soir, Michel Vanmeerbeek portant un regard particulier sur Thomas Detry. Il a été le premier coach du Bruxellois. Il l'a accompagné de 2003 jusqu'en 2020. Dimanche soir, il a été ému en voyant son ancien protégé soulever le plus beau trophée de l'histoire du golf belge. Il a pu mesurer mieux que personne le chemin parcouru sur les deux dernières décennies.
1. La première rencontre : "Un enfant comme les autres"
Leur première rencontre s'est déroulée dans un endroit historique, le golf d'Overijse. Le petit Thomas n'avait que 10 ans. Mais, son papa avait une intuition. "Comme toujours, c'est d'abord une affaire de rencontres. Son papa me l'a présenté en me demandant de le regarder, commence Michel Vanmeerbeek. Tu ne vois pas à 10 ans qu'il a le potentiel pour jouer avec les meilleurs du monde. Tu ne te projettes pas si loin. Il avait un certain talent, mais j'en ai croisé beaucoup de plus talentueux encore qui n'ont jamais percé. Le talent t'aide à te lancer, mais il n'est pas le facteur déterminant d'une carrière. À 10 ans, Thomas n'était pas unique."

2. La coopération : "Il est le meilleur des élèves"
Thomas Detry s'est nourri des conseils de son mentor. Les deux se sont trouvés et ont parlé le même langage avec les mêmes valeurs. Ils ont pris le temps de poser les bases. "Pour une raison qui ne s'explique pas, j'ai passé un peu plus de temps avec lui. J'ai bossé un peu plus l'aspect technique. Je suivais un peu plus ses tournois." À ce moment, Thomas se partage entre le golf et le hockey qu'il pratique au Léopold comme un certain Nicolas Colsaerts. "Et c'est une excellente idée. Un enfant a besoin de toucher à différents sports pour se développer sur de nombreux plans. Il ne sert à rien de se spécialiser trop tôt."
Durant trois ou quatre ans, Detry et Vanmeerbeek ont pris le temps de poser les bases de son jeu. "Quand tu allies ton profil physique et ton jeu, tu as fait le boulot. Ensuite, tu n'as plus qu'à bosser sur le renforcement pour t'améliorer dans tous les domaines."
Il n'est pas comme un Colsaerts ou un Pieters. Ces deux-là sont flamboyants et plus impulsifs.

Thomas Detry est un bon élève. Très scolaire et soucieux d'apprendre chaque jour. "Il n'est pas comme un Colsaerts ou un Pieters. Ces deux-là sont flamboyants et plus impulsifs. À 15 ans, Thomas Detry n'est pas un leader du golf belge. Je dirais plutôt qu'il était le meilleur élève de la classe. Il est appliqué et réceptif. Il revenait toujours avec une solution par rapport aux acquis du dernier entraînement. Il n'avait pas besoin que je répète mille fois un conseil. Thomas est très réfléchi. Il se rassure par son travail. Par rapport à Colsaerts et Pieters, il a toujours approfondi ses atouts."
3. Le grand départ vers les USA : "Il n'avait pas prévu d'être pro"
Comme Thomas Pieters, il a étudié le Business Management à l'université de l'Illinois de 2012 à 2016. Tout s'accélère pour le jeune Belge qui ne voyait pas encore le golf comme un projet de vie. "Il a découvert à l'université le côté professionnel. Il a reçu une formation pleine et dense où il a pris beaucoup de maturité." Michel Vanmeerbeek se souvient d'un détail qui en dit long sur l'état d'esprit du Bruxellois. "De ses 10 à 22 ans, il ne m'a jamais dit qu'il voulait être un golfeur pro. Je me souviens de l'hiver 2015-2016. Il était revenu en Belgique pour quelques semaines. Il me dit : 'Mich, j'ai fini mes cours en mai. Ensuite, on essaie d'aller sur le Tour.' Je ne lui ai pas montré ma surprise. J'avais l'impression qu'il l'avait rêvé pendant la nuit et qu'il m'en parlait le lendemain."
4. Ses premiers pas sur le circuit pro : "Il a eu sa carte DP World Tour en une demi-saison"
En juin 2016, le duo s'est lancé dans la grande aventure. Son premier tournoi se déroulait en Belgique. Un premier grand moment. "Il était à -5 au premier tour. En quittant le green vers 18h, il me dit qu'il se rend au practice. Je l'ai envoyé se reposer (rires)." Dès son troisième tournoi, il soulève le trophée à Bridgestone. "C'était de la folie. Il était à -28 ce qui doit toujours être le record. Il n'avait commencé qu'en juin, mais il a réussi à finir dans le top 15 en fin de saison. Dès la saison 2017, il disputait donc le DP World Tour. Là, il découvrait une autre profondeur de piscine, avec des requins." Il n'est pas resté longtemps sur le Challenge Tour (la D2).
5. Le doute sur quelques années : "Il a l'étiquette de craquer sous la pression"
Thomas Detry est arrivé en plein âge d'or du golf belge. Avec Thomas Pieters et Nicolas Colsaerts, ils forment le triangle d'or. Mais, Thomas Detry traînait jusqu'à dimanche une étiquette de fragile sur un plan mental.
"Il a eu cette réputation de ne pas marcher sous la pression. Souvent, il arrivait en bonne position le samedi ou le dimanche. Moi, j'ai toujours vu en lui un gars qui a tout d'un joueur exceptionnel. Je ne lui vois pas de point faible." En raison de l'âge et du Covid, Michel Vanmeerbeek a mis fin à sa collaboration avec Detry en 2020. "Je l'ai vu continuer sa route. Il a rencontré plein de gens aux États-Unis. Il a pris une autre dimension encore. Il a fait beaucoup de méditation. Son body language est positif."
6. Le soulagement de Phoenix : "Il était sur un nuage"
Il a mis tous ses monstres dans une valise qu'il n'a pas prise avec lui.
De jeudi à dimanche dernier, Thomas Detry a fait preuve d'une régularité au plus haut niveau pour devenir le premier Belge à remporter un tournoi sur le PGA Tour. Il a d'abord résisté à la pression de Spieth et Scheffler pendant la première moitié de la dernière journée. Quand l'Américain Berger s'est rapproché à trois coups, il a porté l'estocade finale en signant quatre birdies sur les quatre derniers trous, dont le fameux n°16. "Il était sur un nuage. Je n'ai pas décelé de l'anxiété dans son jeu. Il a mis tous ses monstres dans une valise qu'il n'a pas prise avec lui. Avec cinq coups d'avance, tu n'es pas à l'abri. Son jeu de fer et de putting était grandiose. Vous savez, une partie dure quatre heures et demie. Il a eu le temps de penser. Moi, je dis toujours que le golf c'est une équation entre le savoir-faire et les interférences. L'objectif, c'est de bloquer les interférences, ce qui lui manquait."

7. Et maintenant ? "C'était Hollywood durant 10 minutes"
Il a planté le drapeau belge à Phoenix.
Le dimanche 9 février 2025 a été le premier jour de sa nouvelle vie. "Il a un talent incroyable", expliquait la semaine passée Justin Thomas en personne au sujet de Thomas Detry. Les deux hommes se croisaient déjà à la Ryder Cup Junior 2010. Pour Michel Vanmeerbeek, l'avenir du Bruxellois sera plus serein. "Il a tout renversé en un coup. Il a géré ses nerfs, le bruit de Phoenix et le poids de l'histoire belge. Il sait désormais qu'il est à sa place. Il ne va plus douter. Il voudra tout gagner. Il est arrivé dans une autre dimension. Je le vois encore en pull rouge et pantalon beige trop large quand il était enfant. J'étais ému en le voyant dimanche au trou 18. En plus, sa femme était là. C'était Hollywood durant 10 minutes. Il a planté le drapeau belge à Phoenix."
