Les JO de Paris pourraient subir la pire canicule de l'histoire, selon les données climatiques
Dans un monde marqué par le réchauffement climatique, une canicule pire que celle de 2003 est de l'ordre du possible durant les JO de Paris, ont calculé des scientifiques français.

- Publié le 13-04-2024 à 19h25
- Mis à jour le 13-04-2024 à 19h26

Une canicule bien pire que celle de 2003 pendant les Jeux olympiques de Paris : ce scénario catastrophe est de l'ordre du possible dans notre monde marqué par le réchauffement climatique, alertent des chercheurs, un enjeu dont les organisateurs disent avoir "pleinement conscience".
Lors de la canicule de 2003, les hôpitaux avaient été débordés par un afflux de patients et l'épisode s'était soldé par 15 000 décès, selon des estimations. Pendant neuf jours consécutifs, Paris a alors connu pendant neuf jours des températures supérieures à 35 °C durant la journée, avec peu de fraîcheur la nuit. Est-il possible de faire pire que la moyenne de 2003 ? "Des températures qui dépassent le record de 2003 d'environ 4 °C" en Ile-de-France "sont possibles", affirme une nouvelle étude. Pour qu'une telle vague de chaleur extrême se produise, il faudrait la conjonction d'un anticyclone stable et d'un phénomène météorologique nommé "goutte froide", capable de pomper de l'air très chaud du Sahara vers la France, précisent les chercheurs. C'est d'ailleurs le phénomène qui a été à l'œuvre lors de plusieurs des derniers vagues de chaleur. "En 20 ans, le climat a changé et l'idée était d'alerter les pouvoirs publics que quelque chose de nettement pire que 2003 peut arriver, que c'est possible", souligne Pascal Yiou, auteur principal. "Au XXe siècle, il n'était pas possible de dépasser ce record, mais maintenant on peut non seulement l'atteindre mais aussi le dépasser avec une probabilité finalement assez forte, proche de 1/100", estime le chercheur.

Réchauffement global
"La conclusion de cette étude n'a rien de surprenant. On sait qu'il y a une augmentation progressive de la température. Cela signifie que la planète se réchauffe et que la probabilité de vagues de chaleur augmente. Que la France connaisse une vague de chaleur dans les prochaines décennies qui soit la plus forte vague de chaleur jamais enregistrée dans ce pays, c'est probable. C'est simplement factuel. Est-ce que ce sera le cas cette année ? Nous ne le savons pas. Cette étude ne constitue pas une prévision mais montre simplement qu'il est probable qu'une vague de chaleur record arrive entre maintenant et 2050", souligne le docteur en sciences biomédicales Raf Aerts, qui étudie les liens entre l'exposition à l'environnement (dont la chaleur en ville) et la santé humaine à l'institut belge de santé publique Sciensano.

Pour l'expert, une vague de chaleur durant les Jeux olympiques peut en tout cas autant impacter les sportifs en compétition que le public, car au final, tout le monde est vulnérable. "Athlète ou spectateurs, toutes les personnes qui sont exposées pendant de longues périodes à la chaleur sans contremesures spécifiques sont vulnérables, détaille-t-il. La chaleur a un impact sur les fonctions essentielles du corps telles que la thermorégulation et peut entraîner des événements cardiovasculaires graves et potentiellement mortels ainsi qu'un dysfonctionnement d'organes. Quand nous sommes exposés à une chaleur extrême, nous transpirons donc nous nous déshydratons. Nous perdons de l'eau mais aussi du sel et cela signifie que vous avez du mal à générer de l'énergie, car si vous perdez du sel, l'équilibre potassium/natrium n'est plus adéquat et votre corps cessera de produire de l'énergie de manière continue. Cela entraînera une chute de tension artérielle car vous utilisez du volume d'eau (et les battements du cœur s'accélèrent). Tout cela a des répercussions sur vos organes, le sang dans vos organes mais aussi vos reins, votre foie, qui auront des difficultés à fonctionner. Cela peut aboutir à une défaillance de ces organes. Entre les deux, on a différentes étapes : éruption de chaleur (heat rash), coup de chaleur, évanouissement… La sensibilité peut aussi être influencée par des vulnérabilités personnelles, mais au final tout le monde est vulnérable."
Attention aux solutions rapides
Les JO de Tokyo (2021) avaient été les plus chauds enregistrés depuis 1952, ce qui avait entraîné les plaintes de nombreux athlètes, et une centaine de cas de malaises liés à la chaleur dont 50 au marathon. Mais le public n'était cette fois-là pas à risque puisque ces Jeux se sont déroulés sans spectateurs en raison du Covid-19. Diverses stratégies avaient cependant été expérimentées : neige sur les sièges, machine à brumisation, distribution d'éventail, peinture anti-chaleur au sol… "Ce sont des solutions rapides, mais à long terme cela peut entraîner des dommages environnementaux, réagit Raf Aerts. Par exemple, des rues et des stades climatisés comme au Qatar, c'est bien pour un moment mais ce n'est clairement pas durable, ces émissions conduisent à une exacerbation du changement climatique. Pulvériser de l'eau, par exemple, consomme beaucoup d'énergie car vous devez pomper l'eau dont vous avez besoin pour le refroidissement…."

Sans compter que de telles solutions peuvent entraîner… d'autres problèmes sanitaires. "Nous savons que dans le futur, avec le changement climatique, nous aurons plus de moustiques exotiques, qui peuvent être vecteurs de maladie. Et ce genre d'eau stagnante, c'est vraiment idéal pour les moustiques ! Les éventails peuvent aussi favoriser la transmission des maladies infectieuses, ajoute Natalia Bustos, épidémiologiste à Sciensano. En termes de santé publique ou autre, vous devez tout combiner, il est donc crucial de penser à ne pas appliquer de mesures rapides à la hâte. Il faut aussi penser à des mesures structurelles à long terme. C'est ainsi très important d'investir dans l'urbanisation. Une solution est notamment la végétalisation."
"Des espaces verts en ville, c'est en effet l'une des solutions, mais vous ne pouvez pas planter une forêt maintenant et en profiter pendant les Jeux olympiques d'été, rappelle Raf Aerts. Il faut pour cela des plans directeurs à 10, 20, 30 ans et aucun de ces plans n'est en réalité déjà en place parce que nous avons trop de tissus urbains fixés pour réellement installer ce genre d'espaces verts."
Dans ce domaine, Paris est une ville à risque, selon plusieurs rapports. Le type d'urbanisation de la capitale française favorise particulièrement les îlots de chaleur. En outre, les JO débuteront au moment où les vagues de chaleur ont le plus de chance d'être au maximum d'intensité sur la France (pic climatologique), signalent des climatologues.
Plus préparés
Face aux vagues de chaleur, "les gens sont beaucoup plus préparés qu'en 2003, constate en tout cas Natalia Bustos. Il y a beaucoup plus d'anticipations. En cas de grands événements, les plans d'urgence contiennent l'aspect chaleur. En Belgique, en cas de rassemblement de masse, le Groupe d'évaluation des risques (le Rag, que Sciensano coordonne) examine si le report de l'événement ou l'ajout de mesure de prévention est nécessaire. En effet, lorsque des milliers de personnes regardent dans le même sens un concert ou un match, ils sont concentrés sur quelque chose et oublieront qu'ils doivent prendre soin d'eux-mêmes. La conscientisation s'améliore, elle aussi, et elle est très importante ; les comportements individuels priment, même avec les meilleurs plans. On est donc mieux préparés mais (avec le réchauffement climatique), le challenge qui nous attend ne fait qu'augmenter. On est dans une course contre la montre et nous ne sommes pas en avance."