Ronchon? Mangez un cornichon ou buvez un thé!

Laurence Dardenne
Agriculture - Gherkin cucumbers, used in making dill pickles, and dill / studio. Reporters / Design Pics
Agriculture - Gherkin cucumbers, used in making dill pickles, and dill / studio. Reporters / Design Pics ©Reporters / Design Pics

On sait que l'hiver n'est pas forcément le moment le plus propice à avoir un moral au top et à toute épreuve. Mais saviez-vous que nous sommes tous capables de fabriquer des antidépresseurs naturels, en toutes saisons ? Il se dit que les gens optimistes vivent plus longtemps. Mais naît-on de nature optimiste ou, à défaut, la bonne humeur peut-elle s'apprendre, puis par la suite se cultiver ? La réponse ne fait aucun doute pour le Pr Michel Lejoyeux (cela ne s'invente pas), qui vient de publier "Les 4 saisons de la bonne humeur", un programme annuel de santé pour le corps et l'esprit. Pour ce professeur de psychiatrie et d'addictologie à la Faculté de médecine Paris-Diderot, oui, " on peut apprendre à garder son moral au top. Notre moral vient beaucoup de nos bonnes ou mauvaises habitudes de vie et de notre mode de pensée. […] En dehors des maladies psychiatriques caractérisées qui se soignent et des grands chagrins que l'on subit, chacun de nous peut augmenter tout seul ses ressources de bonne humeur. "

Quelles sont donc les recettes du Pr Lejoyeux pour être heureux ? Comment rédigerait-il son ordonnance de bonne humeur ? "Ce ne sera qu'une répétition des ordonnances que je fais dans la vraie vie et dans la moitié des cas de dépression que je rencontre dans ma pratique. En l'occurrence des ordonnances sans médicaments", nous dit le psychiatre qui alignerait trois domaines. "En premier lieu, bien sûr, l'alimentation. Car il existe des aliments générateurs de bonne humeur. Ensuite, les mouvements : on ne va bien que quand on bouge. Enfin, il y a des activités, des loisirs qui produisent des émotions positives : que ce soit la musique, la peinture, la danse…"

Sardines, thé, maquereaux…

Parmi les nombreuses pistes lancées dans cet ouvrage pour gagner en bonne humeur, creusons celle des aliments générateurs de cet état d'esprit. Si l'hiver est un bon moment pour travailler sa santé et sa bonne humeur, selon l'auteur, le premier nutriment dont nous aurons besoin est la vitamine D. "On peut compenser la baisse de production de vitamine D par la peau en raison du manque de soleil, par des aliments riches en vitamine D, comme les maquereaux ou les sardines. Un déficit peut entraîner un rachitisme des os, mais aussi de l'émotion. Les neurones qui portent nos émotions risquent en effet de ne plus fonctionner."

Un autre aliment qui paraît déterminant sur la bonne humeur est le thé. Des études chinoises ont montré que deux tasses de thé par jour diminuent par deux le risque de déprime. "Il existe en effet dans le thé des composés stimulants, qui agissent quasiment comme des antidépresseurs sur l'hormone principale de la bonne humeur, la sérotonine, poursuit celui qui a écrit "Tout déprimé est un bien portant qui s'ignore". "En buvant votre thé, vous faites une expérience de méditation, vous ralentissez votre esprit, vous vous concentrez sur l'instant présent. Et quand vous tenez une tasse de thé chaud entre vos mains, vous dilatez les vaisseaux de vos doigts et cette dilatation envoie un message positif qui est perçu par le cerveau."

Cornichons, choucroute, noix, crudités

D'autres exemples d'aliments générateurs de bonne humeur ? Les cornichons, la choucroute et les pickles ont été identifiés dans des populations d'étudiants aux Etats-Unis comme des aliments que l'on retrouve plus souvent chez des personnes ayant un meilleur moral.

"Il apparaît en effet que les personnes de bonne humeur ne mangent pas la même chose que les gens de mauvaise humeur. Il y a des régimes créateurs de bonne humeur et des régimes attristants ou démotivants", affirme le spécialiste. "Outre la raison épidémiologique, il y a une hypothèse selon laquelle les aliments cités stimuleraient la flore intestinale. Ils agiraient sur le microbiote et feraient fabriquer par l'intestin la sérotonine dont le cerveau a besoin pour être de bonne humeur."

Enfin, pour vivre heureux, on peut aussi se ruer sur les crudités, les courgettes, les salades, les noix, les amandes… Une dose suffisante de magnésium divise par deux le risque de déprime.

Et qu'en est-il du chocolat ? "C'est aussi un précurseur du tryptophane, molécule qui permet de fabriquer de la bonne humeur. S'il agit également à ce niveau, il existe moins de données convaincantes sur la consommation régulière de chocolat que sur les autres aliments." Pas de chance, on mangera donc des sardines, des amandes, des crudités et l'on boira du thé.

Et les aliments de la mauvaise humeur?

Quant à savoir quels sont les nutriments qu'il vaut mieux éviter car ils risquent de générer de la mauvaise humeur, Michel Lejoyeux cite en premier lieu les sodas. Plus de trois verres par jour multiplient par deux le risque de déprime, notamment chez les adolescents. Pourquoi ? "Parce que le soda augmente rapidement le taux de sucre dans le sang, crée des hypoglycémies par la suite quand le sucre a disparu du sang et donc génère des fringales et une inflammation des neurones." L'alcool est autre déterminant de la mauvaise humeur. "C'est l'exemple même du faux ami. Après l'euphorie suite aux deux premiers verres, l'alcool sera un facteur puissant de dépression."

Enfin, n'oublions pas que nous avons besoin d'aliments nouveaux, insiste Michel Lejoyeux. "La nourriture routinière est déprimante et conduit à la néophobie, qui est la peur de la nouveauté. Par contre, en essayant un aliment dont on n'a pas l'habitude, on a un effet de stimulation de son cerveau et l'on entraîne la néophilie."

"Les quatre saisons de la bonne humeur", Pr Michel Lejoyeux, Ed. JC Lattès, 18 €.

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