L'arrivée de Boris Johnson n'est pas une bonne nouvelle pour l'Union européenne
Les institutions et les autres capitales européennes ont accueilli sans éclat la nouvelle, attendue, de la victoire de Boris Johnson et son accession au poste de Premier ministre britannique.
- Publié le 23-07-2019 à 19h48
- Mis à jour le 24-07-2019 à 07h11

Not impressed. Les institutions et les autres capitales européennes ont accueilli sans éclat la nouvelle, attendue, de la victoire de Boris Johnson et son accession au poste de Premier ministre britannique.
Le premier vice-président de la Commission Frans Timmermans, a même répondu à des questions à ce sujet, en conférence de presse, avant même l'annonce des résultats de l'élection pour le leadership du parti conservateur.
À première vue, pourtant, l'entrée de Boris Johnson au 10 Downing Street n'est pas une bonne nouvelle pour l'Union européenne. L'homme a été la figure de proue des Brexiters en 2016. Il est de ceux qui ont promis que le Royaume-Uni pourrait quitter l'UE en gardant le beurre et l'argent du beurre (Have your cake and eat it, en version originale), c'est-à-dire conserver les avantages d'être un État membre sans les obligations. Il a été l'un des meneurs de la fronde contre l'accord de retrait conclu entre l'Union et Theresa May, en novembre dernier, et rejeté par trois fois à la Chambre des communes. Élu à la tête du parti tory, il a répété qu'il ferait en sorte que le Brexit soit réalité à la date du 31 octobre, la nouvelle échéance fixée par les leaders européens. Avec ou sans accord.
Boris Johnson n'est pas en mesure de tenir ses promesses
De plus, la Commission et les Vingt-sept se retrouvent avec face à eux un interlocuteur fantasque, imprévisible et redoutable communicateur. "J'ai passé en revue tout ce qu'il a pu écrire ces dernières années. Sur le Brexit, cela a pris quelque temps pour que Boris Johnson arrête sa position et son camp", a nuancé le vice-président Frans Timmermans. "À présent sa position est claire. Et la position de l'UE est claire également", a complété le Néerlandais : on ne rouvre pas l'accord de retrait. Le négociateur en chef du Brexit Michel Barnier n'a pas dit autre chose dans son message de félicitations. "Nous avons hâte de travailler de façon constructive avec le Premier ministre Boris Johnson, une fois à son poste, pour faciliter la ratification de l'accord de retrait et permettre un Brexit ordonné", a tweeté le Français. Et de rappeler, une fois encore, que l'Union est en revanche disposée à rediscuter du contenu de la déclaration sur la relation post-Brexit entre les deux parties. Celle-ci espère un changement de position britannique concernant la sortie de l'union douanière et le marché intérieur, qui éteindrait le problème de la frontière irlandaise et rendrait inutile la solution du backstop, honnie par les partisans d'un Brexit dur.
Pour l'Union européenne… et pour Boris Johnson lui-même, le problème est que ce dernier a tenu des positions à ce point tranchées en campagne qu'il lui sera extrêmement compliqué, sinon impossible, sur le plan politique, de faire marche arrière. Le 31 octobre, c'est dans un peu plus de trois mois. C'est peu pour parvenir à débloquer une situation qui semble inextricable. Boris Johnson a beau dire que le no deal n'est pas son objectif, il ne pourra pas l'éviter sans action significative de sa part. "On voit les choses différemment quand on arrive au pouvoir", anticipait en mai dernier un diplomate européen. "Johnson est un opportuniste. Et il dispose du charisme pour faire passer quelque chose auquel on ne s'attend pas", enchérissait un autre. Boris Johnson a d'autant plus de raisons de surprendre que la Chambre des communes a adopté en début de semaine un texte empêchant le Premier ministre de déclencher un no deal sans l'assentiment des députés.
Les premiers mouvements du Premier ministre Johnson seront révélateurs : du choix de ses conseillers sur le Brexit à ses premières visites diplomatiques.

