"Cette rentrée sera financièrement difficile" : pourquoi les prix des fournitures scolaires s'envolent
Avec, entre autres, le Covid et la guerre en Ukraine, les traditionnels achats de fournitures scolaires risquent d'être particulièrement douloureux cette année.
- Publié le 23-08-2022 à 15h01
- Mis à jour le 24-08-2022 à 08h15

Malgré le soleil et les températures estivales qui persistent, il flotte comme un air de rentrée. Mais avec le Covid et la guerre en Ukraine qui sévit depuis six mois, les traditionnelles emplettes de fournitures scolaires risquent d'avoir une saveur plus amère que d'habitude. En effet, les perturbations de la chaîne logistique ont entraîné la pénurie de certaines matières premières, et notamment du papier qui compose les indispensables cahiers, copies doubles et agendas des élèves et étudiants belges.
"Le tarif des fournitures scolaires a augmenté d'en moyenne 15 à 20 % par rapport à la rentrée 2021. Le prix de certains cahiers a même explosé de plus de 40 % !", s'exclame Pierre-Alexandre Billiet, économiste et CEO du groupe Gondola, spécialiste de la distribution.
Pourquoi une telle envolée ? Tout d'abord, la production mondiale de papier a été chamboulée dès le début de la pandémie de coronavirus. L'explosion des activités d'e-commerce d'environ 40 % a en effet décuplé les besoins en papiers et cartons d'emballage, faisant passer le marché du papier d'une économie de la suroffre - où le client est roi avec des prix à la baisse - à une économie de la demande. "Avant même la guerre en Ukraine, la production de papier en Europe était en pleine réorganisation. Et bien que le marché du e-commerce se soit stabilisé depuis, il faut du temps pour que l'industrie s'adapte, analyse Pierre-Alexandre Billiet. C'est cette inertie qui fait que les prix des fournitures scolaires augmentent seulement maintenant et étaient encore stables à la rentrée 2021".
La Belgique pénalisée par sa taille
De plus, le secteur du papier déjà impacté par le Covid doit faire face au contexte lié au conflit russo-ukrainien. Les problèmes sur les chaînes d'approvisionnement ont empiré depuis le mois de mars, les stocks quasiment vidés, d'où une pénurie de papier et un tarif de cette matière première qui a pris +35 % depuis 2019, ce alors qu'il y a toujours autant d'arbres disponibles pour la production. "La situation est encore pire en Belgique car plus le pays est petit, plus la hausse des prix est importante, souligne l'économiste. Bien que les entreprises belges du papier tournent à plein régime et affichent des résultats records, l'offre belge est davantage limitée par rapport à la demande que dans d'autres pays".
En outre, le prix du baril de pétrole a explosé ces derniers mois. Les cours sont en train de se stabiliser, mais la hausse des prix de l'or noir se répercute sur de nombreux articles de la rentrée. "Nous sommes drogués aux produits pétroliers", affirme Pierre-Alexandre Billiet. Les vêtements sont constitués à 60 % environ de pétrole, tout comme une grande partie des chaussures de sport. Les cartables, les bics et autres ustensiles pour écrire contiennent également du polyvinyle, du polyéthylène, du PVC… "Les tarifs des produits pétroliers ont été multipliés par 2 voire par 3. Je suis donc sincèrement étonné de ne pas voir une explosion des prix des cartables ou des vêtements, qui ont grimpé de 'seulement' 10 à 15 %. Le gonflement des prix est ainsi moins grave qu'attendu, mais de manière technique, le boom devrait arriver plus tard… Attention donc aux retours des petites vacances et à la rentrée 2023."
Une frugalité bienvenue ?
D'autre part, la pandémie de Covid-19 a dopé l'intérêt envers les critères RSE (Responsabilité sociétale des entreprises) et à la durabilité en général. Ainsi, l'augmentation des prix du papier est en partie due à de nouvelles régulations européennes sur la qualité du papier, mises en place dans le but de favoriser les papiers biosourcés, réutilisables ou encore moins plastifiés.
"La rentrée des classes est un concentré de dépenses avec les achats de fournitures, les renouvellements de garde-robes, adhésions et autres abonnements. J'ai l'impression que cette rentrée sera financièrement difficile, notamment car les Belges ont voulu se faire plaisir cet été, et que plane la menace d'une explosion des prix de l'énergie en fin d'année, conclut le CEO de Gondola. Mais une certaine frugalité n'est-elle pas finalement bienvenue ? Notamment pour limiter la surconsommation dans laquelle ont pu tomber les écoles ? C'est aussi peut-être une bonne occasion d'enseigner à nos enfants la consommation raisonnable et raisonnée".
