BMW, Renault, Mercedes, Tesla… la bataille des robots humanoïdes est lancée chez les constructeurs auto
Le dossier | Ces robots sont en test chez Renault, BMW ou encore Mercedes en Europe. Tesla et BYD sont sur les rangs. Hyundai va en déployer 30 000. Une nouvelle révolution industrielle ?

- Publié le 12-06-2026 à 16h58
- Mis à jour le 12-06-2026 à 17h22

La robotisation du processus de fabrication dans le secteur automobile ne date pas vraiment d'hier.
C'est en effet en 1961, voilà donc 65 ans, que les premiers "robots", assez rudimentaires il est vrai, sont apparus sur l'une des chaînes du constructeur américain General Motors dans son usine de Trenton, dans le New Jersey. Son rival Ford avait, lui, décliné la proposition du duo d'inventeurs George C. De Vol et Joseph F. Engelberger.
L'innovation n'est pas en soi révolutionnaire : c'est un bras articulé qui copie en fait la technologie alors utilisée dans l'industrie nucléaire. Sa tâche est, elle aussi, limitée : retirer des pièces d'un bain chaud et les placer dans un bain froid.
L'idée, au départ, n'est pas en soi de remplacer l'homme pour améliorer la productivité mais bien de se substituer à lui pour des tâches fastidieuses et dangereuses. Ultimate prendra du galon et aura ensuite pour mission d'effectuer des points de soudure.
La robotisation était en marche. Les constructeurs européens tels Mercedes, Volvo ou encore BMW l'adoptent progressivement dans les années 60 alors que la Régie Renault ne se lancera pas dans la robotisation avant 1976.
Aujourd'hui, la robotisation est la norme chez les constructeurs automobiles. À l'usine BMW de Munich, appelée à ne produire que des modèles électriques à partir de 2027, dont la nouvelle i3 dès cet été, le taux d'automatisation global de la production est de l'ordre de 60 %, pour un total de 2 000 robots. Dans l'atelier de carrosserie, dont le fonctionnement a été revu, ce taux frise désormais les 98 %.
Les constructeurs commencent toutefois à tester une nouvelle famille de robots, les robots humanoïdes, à savoir des robots qui s'alignent sur la morphologie humaine en tout ou en partie (ils n'ont pas forcément de tête ni de jambes).
Étant donné les multiples usages possibles de ces robots, nous cherchons à trouver de multiples scénarios pour les tester".
Ainsi, Calvin est à l'œuvre depuis quelques mois dans l'usine Renault de Douai, où il soulève les pneus. La marque au losange compte en déployer 350 d'ici à fin 2027.
98 % de taux de robotisation
Si Calvin n'a pas de tête, son homologue Aeon chez BMW se déplace, lui, sur des roues. Développé par l'entreprise suisse Hexagon, il a d'abord été testé aux États-Unis avant de traverser l'Atlantique pour une phase test dans l'usine de Leipzig depuis décembre 2025.
Aegon a été mis à contribution aussi bien pour l'assemblage des batteries que pour la fabrication des composants. Une nouvelle phase de test va être menée à partir de cet été.
Aegon offre plusieurs avantages. "Ce robot est équipé d'un système de batterie individuel et peut changer sa batterie lui-même. C'est plutôt ingénieux car cela permet d'éliminer le temps d'attente", nous expliquait un responsable de BMW en mars dernier. Pas de temps de pose, donc.
Surtout, grâce à l'intelligence artificielle (IA), un tel robot peut être multitâches alors que le robot traditionnel effectue à l'infini les mêmes gestes répétitifs, comme déplacer une portière ou serrer des boulons.
Grâce à cette même intelligence artificielle, ledit robot peut apprendre de ses erreurs et corriger un dysfonctionnement dans une tâche qui lui a été assignée. Il est en quelque sorte en formation continue. "Étant donné les multiples usages possibles de ces robots, nous cherchons à trouver de multiples scénarios pour les tester. Les robots peuvent également se déplacer dans l'usine et effectuer différentes tâches à différents endroits."
"Vers 2030, j'en vois quelques-uns en activité. Peut-être des dizaines ou des centaines dans les usines européennes et américaines mais pas des milliers".
Mercedes, pour sa part, avait dévoilé ses batteries bien plus tôt, dès le printemps 2025. Apollo, développé par l'entreprise texane Apptronik, aura pour mission lorsque la phase de test sera terminée d'effectuer des tâches répétitives et lourdes sur la chaîne de production. Il n'aura pas nécessairement besoin de jambes dans toutes les situations. Il pourrait fort bien être installé sur un chariot pour choisir et ensuite convoyer les pièces destinées à une voiture précise sur la chaîne de production.
Quelques centaines déployés chez Mercedes
Avec quelle incidence sur l'emploi ? Mercedes se veut rassurant, expliquant que les robots humanoïdes seront là pour épauler leurs collègues humains et non pour (totalement) les remplacer. "Vers 2030, j'en vois quelques-uns en activité, estimait alors Jörg Burzer, membre du conseil d'administration de Mercedes-Benz Group. Peut-être des dizaines ou des centaines dans les usines européennes et américaines mais pas des milliers." Sollicité, le constructeur n'a pas fourni de données plus fraîches.
Si les constructeurs européens ont jusqu'à présent des ambitions assez mesurées en termes d'introduction de robots humanoïdes sur leurs chaînes de production, tel n'est pas le cas du sud-coréen Hyundai. Le constructeur de la Tucson prévoit en effet de déployer pas moins de 30 000 robots humanoïdes répondant au nom d'Atlas dans ses usines d'ici à 2030, y compris dans ses sites de production en Slovaquie et en Turquie.
Gérer les tâches fastidieuses
"Les robots géreront les tâches fastidieuses et à haut risque, permettant ainsi aux opérateurs humains de se consacrer à la formation des robots et d'assurer les tâches de supervision", avait expliqué le groupe en janvier dernier, qui reprend en fait la technologie de sa filiale Boston Dynamics.
Plusieurs constructeurs développent d'ailleurs leur propre robot humanoïde. Le plus connu est Optimus, proposé par Tesla, dont il arbore d'ailleurs le nom sur sa poitrine.

Elon Musk a de l'ambition pour Optimus, dont la production doit débuter en mode mineur durant l'été, de l'ordre de quelques centaines d'unités de cette troisième génération de son robot humanoïde présenté comme "le plus avancé au monde". À terme, il compte en vendre des millions.
Les prochaines Tesla seront-elles fabriquées par Optimus ? Le constructeur utilise déjà de premières versions d'Optimus dans ses propres usines, notamment la Gigafactory Texas, pour des tâches de manutention et d'assemblage. Les Optimus 3 seront également déployés en priorité dans les usines du constructeur de voitures électriques. Les objectifs de production montrent en tout cas qu'Optimus prendra la route de bien d'autres secteurs.
Quant à son concurrent chinois BYD, il vient aussi de se lancer dans la course. L'idée est de commercialiser ces robots dans les points de vente de ses voitures, en Europe notamment. L'idée est aussi de les faire entrer dans ses usines.
La révolution est en marche.