Orelsan a craqué pour la technologie musicale de la start-up wallonne Beatsurfing
La star française du rap et ses producteurs ont collaboré avec la "musictech" belge pour produire son nouvel album et son film. Rencontre avec les deux fondateurs de Beatsurfing et Phazz, un des producteurs d'Orelsan.

- Publié le 13-12-2025 à 15h00
- Mis à jour le 13-12-2025 à 16h06

Ils sont quatre à apparaître à l'écran lorsque, mi-novembre, nous nous connectons pour une visio un peu particulière. Il y a, tout d'abord, Pascal Demez et Jean Uenten. Le premier, cofondateur et CEO de Beatsurfing, est basé à Verviers, là où tout a commencé. Le deuxième se trouve à Los Angeles, où il vit depuis un an et demi. Il est aussi l'un des cofondateurs de Beatsurfing, dont il est le Chief creator officer.
Phazz, de son vrai nom Adam Preau, nous rejoint depuis son studio de Lyon. Ce beatmaker – un producteur musical spécialisé dans la création de beats, ces boucles instrumentales qui constituent la base rythmique des morceaux de rap – collabore avec Orelsan depuis 2017, année de la sortie du troisième album du rappeur normand (La fête est finie).
Il y a, enfin, Simon Alexandre. Cela fait une dizaine d'années que cet investisseur accompagne les aventures de Pascal Demez et Jean Uenten à travers The Faktory, le fonds créé par Pierre L'Hoest (ex-CEO d'EVS).
Si on reparle aujourd'hui de Beatsurfing (qui a pris le relais de HLO et Playground en 2020), c'est en raison de la participation de la jeune pousse liégeoise à La fuite en avant, cinquième album d'Orelsan sorti le 7 novembre (une semaine après son film Yoroï). Un album qui connaît un incroyable succès en France puisqu'il a été disque d'or en une semaine.
Une affaire de "plugins"
Après avoir lancé une application pour iPad, Beatsurfing a entamé le développement de plugins VST (Virtual Studio Technology). Un plugin est un logiciel, très prisé par les producteurs de musique, qui permet d'intégrer des effets sonores et/ou des instruments numérisés lors d'enregistrements en studio ou de prestations sur scène. "Le lancement de nos premiers plugins a dépassé nos espérances en termes d'utilisation, de feedbacks, de revenus", explique Pascal Demez.
Il y a, dans nos produits, une singularité qui nous rend visibles au sein de l'écosystème des producteurs."
"Aujourd'hui, nous avons des dizaines de milliers d'utilisateurs. Le chiffre d'affaires va passer la barre du million d'euros cette année", indique Jean Uenten depuis L.A. "Malgré la concurrence de milliers d'entreprises plus grosses que nous, ajoute Pascal Demez, nous avons réussi à nous faire une place grâce à la radicalité de nos plugins. Il y a, dans nos produits, une singularité qui nous rend visibles au sein de l'écosystème des producteurs."

Ce succès a permis à Beatsurfing de passer à l'étape suivante du projet. "Notre véritable ambition est de ramener de l'interprétation sur scène comme en studio, explique le CEO. Pour ça, nous allons bientôt lancer une nouvelle gamme de produits. À la différence des plugins, que nous continuerons à développer, ces produits pourront se connecter à toutes sortes d'interfaces de performance, comme une tablette."
Une machine magique
"J'ai toujours été touché par leur façon de voir la musique, très proche de la mienne, intervient Phazz, dont les premiers contacts avec Pascal Demez et Jean Uenten remonte à l'époque de Playground (application musicale qui a enregistré plus d'1,2 million de téléchargements). Ce sont des producteurs et des musiciens avant tout : ils font partie de notre 'caste'. Ils comprennent les besoins des artistes, en studio comme sur scène. Là où d'autres adoptent une vision très business — comment vendre —, eux partent de l'utilisateur, de ce qui va lui faire plaisir au moment où il crée."
"C'est une sorte de machine qui génère des sons aléatoires à l'infini. C'est parfois déroutant, mais en laissant tourner la machine, on peut tomber sur des moments magiques, imprévisibles."
Au printemps 2022, alors qu'il était sur la tournée Civilisation avec Orelsan, le beatmaker français se rapproche des fondateurs de Beatsurfing. Leurs échanges vont aboutir au développement d'un premier plugin (Random). "C'est une sorte de machine qui génère des sons aléatoires à l'infini, explique Phazz. C'est parfois déroutant, mais en laissant tourner la machine, on peut tomber sur des moments magiques, imprévisibles."
La collaboration va tellement bien se passer que Phazz décide d'investir dans Beatsurfing aux côtés d'Orelsan et de son producteur attitré Skread, mais aussi des producteurs américains de renom Che Pope et FKi 1st. Au total, avec l'apport d'investisseurs belges (The Faktory, 4 Ventures, Leansquare…), la start-up liégeoise réussira à lever plus d'1 million d'euros.
"Nous préparons une nouvelle levée d'environ 2 millions d'euros, annonce Simon Alexandre. L'objectif est clair : développer le nouveau produit de Beatsurfing et le commercialiser."
Comme des épices
La collaboration entre Orelsan et Beatsurfing a pris une nouvelle dimension avec le nouvel album, La fuite en avant, et le film Yoroï. "On retrouve des plugins de Beatsurfing un peu partout sur l'album, mais aussi dans la musique du film, confie Phazz. Parfois, ce n'est qu'un petit élément, une signature sonore. En fait, c'est comme des épices : on en met partout, mais avec parcimonie."
Phazz est en tout cas bien décidé à utiliser les plugins de Beatsurfing sur scène lors de la tournée d'Orelsan (de janvier à mars 2026, avec trois dates à Bruxelles qui sont déjà sold out). Pour Pascal Demez et Jean Uenten, c'est "Noël avant l'heure !" et une "magnifique opportunité" pour tester leurs nouveaux produits.
