Carrefour va-t-il plier bagage en Belgique ?
L'hypothèse a été relancée à la veille d'un nouveau round de négociations sur l'ouverture des hypermarchés le dimanche matin. La direction assure que l'enseigne reste "incontournable."

- Publié le 03-12-2025 à 11h09
- Mis à jour le 03-12-2025 à 16h58

Le possible départ de Carrefour du marché belge, évoqué en septembre dernier par le magazine français LSA, est revenu dans l'actualité à la veille d'une nouvelle rencontre entre la direction belge et les syndicats dont l'un des points à l'ordre du jour est l'ouverture des hypermarchés le dimanche matin. Ce n'est peut-être pas un hasard.
Carrefour réévalue ses activités en Belgique, annonçaient ainsi les quotidiens Tijd et L'Echo. En cause, notre pays n'est plus un marché prioritaire aux yeux de la direction du groupe. Or, l'entreprise a plutôt tendance ces derniers temps à se délester de ses activités qui ne sont pas considérées comme prioritaires. "Ce n'est pas parce que nous ne figurons pas sur la liste des régions prioritaires de Carrefour que tout est perdu pour Carrefour Belgique", estime Wilson Wellens, responsable sectoriel du syndicat ACLVB, dans une réaction auprès de la VRT.
En soi, que Carrefour puisse se défaire de ses activités belges est un scénario plausible en soi, tout groupe passant régulièrement en revue ses activités pour déterminer la pertinence de telle ou telle activité ou de la présence sur un marché.
Possible mais probable ?
Mais est-il pour autant probable ? "Je n'ai pas de boule de cristal", souligne Myriam Delmée, présidente du Setca, qui fut en première ligne sur le dossier de la franchisation des supermarchés Delhaize en 2023 et suit encore aujourd'hui le démantèlement des hypermarchés Cora. "Je ne connais pas les réelles intentions de Carrefour", ajoute-t-elle.
Une communication interne évoquerait "des hypothèses erronées et beaucoup de spéculations."
Carrefour Belgique s'est en tout cas voulu rassurante dans une communication interne évoquée par Myriam Delmée. Le CEO a, dans ce message, clairement indiqué que Carrefour entendait bien rester en Belgique. Là encore, difficile d'apprécier la pertinence de ce message : nulle entreprise ne va annoncer ses projets avant qu'ils ne soient finalisés. Cette communication évoque toutefois "des hypothèses erronées et beaucoup de spéculations."
L'enseigne n'a rien dit d'autre, forcément, dans sa communication externe. "Carrefour est et reste incontournable en Belgique", a assuré l'enseigne, pointant le fait que la filiale belge "réalise un retournement positif, salué par le Groupe" depuis trois ans maintenant.
Troisième sur le marché belge derrière Colruyt Group et Delhaize, l'enseigne avait renoué avec les bénéfices fin 2024. En octobre dernier, Carrefour Belgique annonçait avoir enregistré une "forte croissance commerciale" de 2,1 % à périmètre constant au troisième trimestre, portée par une augmentation des volumes de ventes.
Ces spéculations interviennent alors même que direction et syndicats travaillent sur un plan de relance de l'enseigne. "Nous sommes dans la dernière ligne droite sur un projet de convention", précise Myriam Delmée. La réunion prévue ce jeudi risque de passer beaucoup de temps à débattre de cette hypothèse de départ, éclipsant l'ordre du jour.
"L'un des points en discussion est l'ouverture du dimanche des hypermarchés. Nous sommes d'accord d'accepter le travail le dimanche matin pour autant qu'il y ait une garantie d'emplois et un engagement de ne pas franchiser ces magasins intégrés." Or, la mariée serait sans doute plus belle avec un tel accord en poche.
La finalité de ces négociations est de permettre à Carrefour de se retrouver sur un terrain sur lequel Delhaize s'est totalement positionné depuis que ses 128 supermarchés sont passés sous statut d'indépendant ; ce qui a permis à l'enseigne au Lion de gagner de nouveaux clients et de reprendre des parts de marché.
Une comparaison avec l'Italie ?
Interrogé par l'agence Belga, Wouter Parmentier, du syndicat ACV, a dressé le parallèle entre la Belgique et l'Italie, où la cession de ses activités vient d'être actée. "Là-bas, les investissements ont disparu et les façades des magasins sont vétustes, un problème que nous observons également en Belgique. De plus, les résultats financiers ne sont pas très brillants."
Qu'adviendra-t-il si cette hypothèse devient la réalité ? Carrefour Belgique, c'est actuellement 40 hypermarchés, 440 supermarchés Carrefour Market dont 43 en gestion propre et 300 magasins de proximité Carrefour Express. La vente concernerait-elle tout ou partie (les intégrés, les franchisés ou certains franchisés) de ce parc, s'interroge Myriam Delmée. Avec quel impact sur l'emploi par rapport à ses 10 000 salariés ?
Timing très malheureux
Ce qui est sûr, c'est que le timing de cette sortie à la veille des négociations est "très malheureux."
Ce qui est également évident, c'est que les intentions d'un jour dans la grande distribution ne le sont plus forcément le lendemain. Delhaize en est le meilleur exemple. Nul n'imaginait, à la veille de l'annonce, que l'enseigne pourrait aller jusqu'au passage sous franchise de ses 128 supermarchés.
