Aéroports wallons : business as usual avec le nouveau gouvernement ? "Si Ryanair ou Fedex part, c'est la catastrophe"
Le gouvernement qui relie le MR de Georges-Louis Bouchez et Les Engagés de Maxime Prévot veut développer l'activité des aéroports, avec le maintien voire la création d'emplois à la clé. Tout en affirmant pouvoir être compatible avec les objectifs environnementaux.

- Publié le 15-07-2024 à 06h34
- Mis à jour le 15-07-2024 à 18h39
Faire rimer aviation et défi climatique est ardu. Le secteur aérien, malgré toutes les bonnes volontés affichées, reste un important émetteur de CO2. Alors comment faire, quand on prend les rênes du pouvoir ? C'est la question qu'ont dû se poser MR et Engagés lors de la rédaction de leur déclaration de politique régionale (DPR), avant de constituer le gouvernement annoncé ce dimanche. On sort donc la machine à consensus et on annonce "les aéroports, moteurs d'un développement ambitieux, innovant et équilibré".
La déclaration de politique régionale ne s'en cache pas, elle veut stimuler l'emploi. "Jobs, jobs, jobs", un refrain connu et repris en substance par les présidents Georges-Louis Bouchez (MR) et Maxime Prévot (Les Engagés).
"Les deux aéroports wallons constituent des portes d'entrée stratégiques de la Wallonie sur le monde et participent à l'attractivité du territoire", entame la déclaration. Le gouvernement "travaillera au renforcement du rôle des aéroports comme moteurs de développement économique", poursuit-elle, tout en assurant l'équilibre avec "la protection de l'environnement et de la santé des riverains".
Climat versus business ?
La déclaration avance même une neutralité carbone pour les aéroports wallons d'ici 2030. Une neutralité non pas globale mais bien au niveau des infrastructures aéroportuaires, des bâtiments en tant que tels donc. La neutralité des vols, le cœur du défi pour le secteur mais qui outrepasse largement les compétences régionales, ça sera évidemment pour plus tard.
"Une attention particulière doit être accordée à la mobilité et au développement de solutions multimodales autour des deux aéroports afin de conforter leurs perspectives de croissance et d'emplois mais aussi de s'inscrire dans les objectifs de décarbonation", poursuit la DPR, qui insiste sur les besoins de connecter les aéroports à d'autres moyens de transport, ne serait-ce que pour fluidifier le trafic autour de ceux-ci.
"Il ne serait pas efficient d'imposer aux aéroports wallons et à leurs partenaires des mesures régionales (voire nationales) générant peu de gains environnementaux tout en maintenant les nuisances sur le territoire en raison d'un report d'activités sur les aéroports voisins", note par ailleurs la DPR, balayant clairement les volontés de limitations avancées par les écologistes par le passé.
"Le Gouvernement poursuivra et amplifiera son soutien aux acteurs des secteurs aéronautique et aéroportuaire, dans le domaine de la R&D, dont les nouveaux développements technologiques participent à la diminution de l'impact environnemental du secteur. Il sera étudié le développement d'une filière wallonne visant le renforcement de l'utilisation des Sustainable Aviation Fuels par les compagnies aériennes dans le respect de la trajectoire européenne", ajoute la note politique, sans plus de précision.
Emplois et compétitivité
Rappelons que les aéroports wallons, ce sont des milliers d'emplois directs et indirects. Environ 3 800 à Charleroi et plus de 9000 à Liège. Le transport de marchandises et la logistique derrière l'e-commerce font que celui de Liège, un aéroport "cargo" spécialisé dans cette activité, génère plus d'emplois indirects que Charleroi, que le grand public fréquente davantage.
C'est donc un secteur économique important pour le nouveau gouvernement, qui a éjecté le PS au sud du pays, et qui a insisté sur la valeur travail pendant toute la campagne. Un secteur par ailleurs logé au cœur de bastions socialistes que sont Liège et Charleroi.
Contactés, l'aéroport de Charleroi et celui de Liège n'ont pas, ou pas souhaité, commenter cette DPR. La fédération Agoria Wallonie, dont les membres sont aussi bien actifs dans l'industrie aéronautique qu'exportateurs, a quant à elle affirmé que cette DPR "allait dans le bon sens".
"C'est une des colonnes vertébrales pour la croissance de la Wallonie. L'infrastructure logistique est un atout sur notre territoire, ce sont nos forces, cela va créer de la valeur dans un secteur clé. La captation carbone, l'hydrogène et les communautés d'énergie permettront d'équilibrer cette activité avec les objectifs environnementaux", commente Clarisse Ramakers, la présidente de la fédération. "Pour la première fois, on a une vraie place qui est donnée à une politique industrielle", poursuit-elle.
"Éviter de rester pieds et poings liés à Ryanair et Fedex"
Du côté syndical, seule la CNE nous a répondu sur le fond. Si le syndicat se réjouit sur la partie emplois, il alerte sur la dépendance aux multinationales. "Evitons d'être pieds et poings liés à de gros clients, comme Ryanair à Charleroi et Fedex à Liège. Ce sont des multinationales qui jouent au Monopoly", avance Didier Lebbe, secrétaire permanent du syndicat.
"C'est une gabegie écologique, c'est complètement débile."
"Si Ryanair ou Fedex partaient, ce serait la catastrophe et il n'y a pas de plan B. Il ne faut pas maintenir l'emploi coûte que coûte dans l'aviation mais aussi le développer ailleurs. Pourquoi il n'y a pas de trains qui relient l'aéroport de Charleroi à Bruxelles ? Ou celui de Liège, alors que le train ne passe pas loin ?", poursuit-il. Pour lui, le secteur public devrait pouvoir aider à connecter ces infrastructures. "Pourquoi laisser ça aux acteurs privés comme les bus ? Il n'y a aucune connexion. On peut prendre un avion à Paris-Charles de Gaulle sans problème depuis le guichet d'Air France à la gare de Bruxelles-midi, mais on ne sait pas le faire pour nos aéroports. Ça génère des offres de taxis clandestins, il ne faut pas se leurrer", enchaîne-t-il. "Nous, on envoie des avions à Paris pour récupérer des passagers vers Zaventem. C'est une gabegie écologique, c'est complètement débile", renchérit le syndicaliste.
Quoi qu'il en soit, il estime que la DPR répond, et reprend même, les attentes de la CNE, mais est beaucoup plus dubitatif sur la réelle marge de manœuvre du gouvernement face à Ryanair, Fedex ou encore Alibaba. "On sera très attentifs. La priorité, c'est le maintien de l'emploi, pas la précarisation", termine-t-il.
