L'Etat belge a "perdu" plus de 5,6 milliards en 3 ans sur ses actifs bancaires
La valeur de Belfius et de BNP Paribas a dégringolé de manière vertigineuse ces dernières années. Et pourrait-elle encore baisser?

- Publié le 19-10-2020 à 17h55
- Mis à jour le 19-10-2020 à 17h57

De 5,6 à 8,6 milliards d'euros. C'est le total des moins-values (théoriques) enregistrées par l'Etat belge sur ses participations dans Belfius (100 %) et BNP Paribas (7,7, %) depuis octobre 2017. Ce montant colossal est lié à la chute des actions bancaires entamée avec la baisse des taux d'intérêt et accentuée par la crise économique provoquée par l'épidémine du Covid-19. Ce chiffre ressort d'une étude publiée lundi par Eric Dor, Directeur des études économiques à l'IESEG School of Management (Lille).
On se souviendra qu'en 2011, l'Etat belge avait racheté l'ex-Dexia Banque (rebaptisée Belfius) pour 4 milliards d'euros. Au printemps 2017, au moment où le gouvernement Charles Michel envisageait une mise en bourse, la banque avait été évaluée dans une fourchette comprise entre 7 à 9 milliards d'euros. Trois ans plus tard, on est quasi à la moitié. "Les fonds propres de Belfius étaient de 9,3 milliards en juin 2020. Pour au moins récupérer le prix d'achat de 4 milliards, il faudrait donc que l'Etat belge puisse vendre ses actions à un quotient "price book" de 0,43. Or, les cours boursiers des actions bancaires européennes ont tellement baissé au cours des années récentes que leurs quotients "price book" sont très déprimés. C'est par exemple 0,36 pour BNP Paribas. 0,34 pour Crédit Agricole, 0,26 pour Deutsche Bank et Unicredit, 0,19 pour Commerzbank, 0,17 pour Société Générale", analyse Eric Dor. Toutefois, Belfius étant moins exposée aux risques de marché, elle pourrait bénéficier d'un quotient proche de 0,45, qui la valoriserait au prix d'achat de l'Etat. Par rapport à 2017, la moins-value serait toutefois comprise entre 3 et 5 milliards.
Pour BNP Paribas, l'État belge avait acquis près de 11 % du capital pour un cours de bourse équivalent à environ 56 euros par action (en échange de la participation de 75 % de Fortis Banque). C'était en 2009. Au printemps 2017, l'Etat belge a vendu 2,5 % du capital à un cours de 66 euros. L'action se cote aujourd'hui à moins de la moitié 32 euros.
La valeur de la participation de l'Etat belge est ainsi tombée à peine de 3 milliards, ce qui porte la moins value à 2,25 milliards euros par rapport à 2009. Et à 3,5 milliards par rapport à 2017.
Chiffres alarmiste
L'Etat belge peut-il espérer une remontée des cours des valeurs bancaires dans un avenir pas trop lointain ? Pas sûr…. En plus des taux d'intérêt négatifs, les banques sont fortement exposées au risque de faillites. La Banque des Règlements internationaux (le banquier des banques centrales) vient en effet de tirer la sonnette d'alarme. Selon ses estimations, le nombre de faillites pourrait bondir de 20 % en 2021, par rapport à 2019.
C'est un chiffre tout aussi alarmiste que vient de sortir l'agence de rating Moody's : selon elle, 15 % des entreprises cotées en bourse dans 14 pays riches seraient des zombies (c'est-à-dire qu'elles ne doivent leur survie qu'aux taux bas et aux aides obtenues des gouvernements et des banques), contre à peine 4 % à la fin des années 80.
