Brouillages et interceptions de drones : une nouvelle guerre a lieu au-dessus des stades et des aéroports
Libre Eco week-end | Le dossier. Parfois, ces petits appareils échappent au contrôle de leurs pilotes ; parfois, ces derniers ont des intentions malveillantes.

- Publié le 18-11-2023 à 10h00

Une autre menace qui touche les aéroports est, elle, plus "physique". Au printemps dernier, un avion d'Air France a évité de justesse un drone au-dessus de l'aéroport de Paris-Roissy. Un impact à cette vitesse aurait pu être fatal, selon les experts. À la même époque, l'aéroport de Dublin a été paralysé à plusieurs reprises suite à l'intrusion de drones près de la tour de contrôle. En six ans, on dénombre 200 cas répertoriés de quasi-collision dans le monde entre avions et drones. Parfois, ces petits appareils échappent au contrôle de leurs pilotes ; parfois, ces derniers ont des intentions malveillantes.
"La guerre en Ukraine a démontré qu'un petit drone coûtant quelques centaines d'euros peut causer de grands dégâts notamment en transportant un explosif", explique un expert de Thales. Ces petits appareils sont très difficilement détectables par les systèmes de radars des aéroports. "Les Ukrainiens fabriquent même désormais des drones en carton pour qu'ils passent inaperçus." Cette menace ne concerne pas que les aéroports. Les grands événements sont aussi en ligne de mire.
Le scénario redouté du drone kamikaze
Ce type d'attaques par drone est pris très au sérieux par le ministre français de l'Intérieur, Gérald Darmanin, à l'approche des Jeux Olympiques cet été à Paris. "Il y a des tentatives d'attentats comme en Espagne qui nous font penser que ce genre d'évènement peut surgir en France", a ainsi récemment expliqué le ministre. M. Darmanin faisait référence à la récente condamnation d'un jihadiste auquel le groupe État islamique avait demandé de perpétrer un attentat pendant une rencontre entre le FC Barcelone et le Real Madrid au Camp Nou. Le scénario le plus redouté ? Un engin kamikaze qui fondrait sur la foule pendant la cérémonie ou une épreuve des Jeux olympiques.
Lors de la récente Coupe du monde de Rugby en France, le pays avait ainsi mis en place un système protégeant ces stades. L'idée était de déclencher un brouilleur interrompant le signal entre le drone malveillant et sa télécommande, permettant ainsi de neutraliser l'appareil. La société israélienne Rafael a même développé un drone dome, qui, à l'instar du célèbre dôme de fer contre les missiles, est censé protéger tout un territoire contre des attaques de drones, via un brouillage.
Un radar qui différencie les drones des oiseaux
D'autres systèmes de défense existent, comme celui de drones intercepteurs qui viennent littéralement capturer avec un filet les drones d'attaque. Mais le grand défi reste de détecter ces petits appareils. La plupart des aéroports ne disposent pas de systèmes de radar permettant de le faire. "Cela va être l'un des grands enjeux des prochaines années", explique-t-on du côté de Thales qui vient de mettre au point un radar anti-drone. Ce dernier différencie même les oiseaux des petits appareils volants et serait capable de "contrer une intelligence artificielle, comme un drone qui imiterait le vol d'un oiseau pour tromper les radars." En visite la semaine dernière dans les locaux brabançons de Thales qui emploie 1 200 personnes en Belgique, le ministre wallon des aéroports, Adrien Dolimont (MR), a pris pas mal de notes. "Même si ces risques ne m'étaient pas inconnus, la plongée dans les éléments techniques et concrets m'a permis d'avoir une image assez claire des enjeux futurs", a-t-il expliqué.
