"Nous ne discutons avec personne d'une possible prolongation nucléaire"
Alors que l'Arizona a de grandes ambitions en matière nucléaire, l'Agence fédérale de contrôle nucléaire n'est pas mobilisée.
- Publié le 13-03-2026 à 09h10
- Mis à jour le 13-03-2026 à 09h45

Le 1er mai prochain, cela fera deux ans que Pascale Absil a pris la tête de l'Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN). Cet organe indépendant, opérationnel depuis l'année 2001, a pour mission de protéger la population, les travailleurs et l'environnement contre les risques posés par les rayonnements ionisants. L'AFCN contrôle ainsi les centrales nucléaires, mais aussi les dentistes, les hôpitaux ainsi que la production et le transport de radio-isotopes.
L'AFCN est dans une situation financière très particulière. L'accord de formation du gouvernement De Wever prévoit en effet la construction de nouvelles centrales nucléaires en Belgique, une première depuis les années 70. En outre, même si ça s'annonce compliqué, l'Arizona espère aussi prolonger la durée d'exploitation de certains réacteurs nucléaires déjà mis à l'arrêt par le groupe Engie.
Les ambitions de l'Arizona, en matière nucléaire, font que la charge de travail de l'AFCN ne devrait pas baisser dans le futur. Or le gendarme nucléaire devrait perdre une partie importante de son financement dès l'année prochaine. Les réacteurs Doel 3 et Tihange 2, respectivement arrêtés fin 2022 et début 2023, devraient en effet entrer en phase de démantèlement en 2027. Dans ce contexte, Engie ne devrait plus verser que 520 000 euros par réacteur à l'AFCN, au lieu de 4,4 millions d'euros. Une sacrée perte, qui n'est à ce jour pas encore compensée par une dotation fédérale. C'est dans ce contexte financièrement tendu que Pascale Absil a rencontré La Libre pour une interview.
L'AFCN va-t-elle manquer d'argent ?
C'est le ministre de l'Intérieur, Bernard Quintin (MR), qui a la tutelle de l'AFCN. C'est donc à lui de régler le problème de son financement.
"Normalement, il était prévu qu'une dotation fédérale soit attribuée, mais aucun montant n'a été décidé jusqu'à présent, commente Pascale Absil. Mais, par rapport à l'année dernière, la conscientisation (NdlR : auprès du cabinet Quintin) est faite. Il faut maintenir le financement de nos activités en faveur de tous les autres intervenants du domaine nucléaire."
La directrice est-elle inquiète face à ces fonds qui ne sont pas encore arrivés ? "Ça m'occupe, mais je ne suis pas d'une nature inquiète", répond-elle.
Comment l'AFCN gère-t-elle le dossier des nouvelles centrales ?
"Il n'y a pas eu de demande particulière de nos ministres (NdlR : Bernard Quintin et Mathieu Bihet) concernant la préparation d'un plan pour des nouvelles centrales nucléaires, déclare, d'emblée, Pascale Absil. Mais nous avons pris l'initiative de préparer l'agence à ces projets potentiels de nouvelles centrales."
L'agence ayant été créée en 2001, la législation belge ne prévoit pas, par exemple, de critères à respecter pour l'implantation de nouvelles centrales nucléaires. "Cela fait partie des choses à prévoir dans la législation pour déterminer des nouveaux sites potentiels", développe la patronne de l'AFCN.
Le site de Chertal, à 7 kilomètres du centre de Liège, pourrait-il accueillir une nouvelle centrale nucléaire, comme le suggère une étude du bureau d'ingénierie Tractebel ? "L'AFCN n'a reçu aucune demande d'avis à ce sujet, donc je ne vais pas me positionner", commente prudemment Pascale Absil.
Néanmoins, selon elle, il n'existe actuellement aucune norme prévoyant une distance minimale entre une centrale nucléaire et un centre urbain.
Un autre élément à trancher est la question des normes de sûreté en fonction du type de centrale nucléaire. "Certains critères existent pour les grandes centrales mais seront-ils application pour des SMR (NdlR : small modular reactors) ?", avance-t-elle.
Mais que pense Pascale Absil du fait que le gouvernement n'ait pas mobilisé les compétences de l'AFCN autour du dossier des nouvelles centrales ? "Ce n'est pas à moi de dire si c'est cohérent ou pas, répond-elle. Mais si la Belgique envisage de développer le nucléaire, toute une série d'acteurs devront être impliqués de façon beaucoup plus concrète." L'Ondraf, notamment, l'organe public chargé de gérer les déchets nucléaires.
Selon elle, la question des compétences sera également cruciale. "Au début, il faut surtout des techniciens, des ingénieurs, des spécialistes de tous types, déclare la directrice de l'AFCN. Mais si on arrive à un plan de construction, il faudra vérifier si on a les compétences suffisantes, soit en interne, soit en les faisant venir. Tout le monde aura besoin de mécaniciens, d'électriciens, de soudeurs…"
En outre, en fonction du choix technologique qui serait posé par le gouvernement, l'AFCN devra peut-être recruter. En effet, les centrales de Doel et Tihange sont basées sur la technologie des réacteurs à eau pressurisée. Mais il existe de nombreuses autres technologies dans lesquelles l'AFCN n'est pas spécialisée.
Quid de la prolongation des vieilles centrales ?
Pascale Absil reconnaît qu'elle n'a été mandatée ni par le ministre de l'Énergie ni par le ministre de l'Intérieur sur le sujet de la prolongation des vieux réacteurs nucléaires. Et cela alors que la question des normes de sûreté à respecter par ces anciens réacteurs est cruciale.
Lors des prolongations nucléaires précédentes de Doel 1, Doel 2 et Tihange 1, des discussions informelles entre l'AFCN et Engie avaient pourtant eu lieu en amont.
"Ici, il n'y a rien avec qui que ce soit, avance Pascale Absil. Je n'ai pas à juger si c'est normal ou pas normal."
Quoi qu'il en soit, elle estime que toute autorisation de prolongation nucléaire se fera sur la base du dépôt d'un dossier de sûreté réalisé par l'exploitant. Or on sait qu'Engie, l'exploitant actuel, ne souhaite pas prolonger et ne devrait pas réaliser un tel dossier.

