La marque belge Lucid, une alternative à la fast fashion : "Nous proposons des vêtements qui ne détruisent pas la planète"
Libre Eco week-end | Start-up à impact. La marque belge de vêtements propose une alternative à la "fast fashion". À partir de déchets textiles et de bouteilles en plastique. Et une fabrication finale assurée par deux ateliers de travail adapté en Belgique.

- Publié le 16-06-2023 à 16h56

Jean Seyll en avait fait son sujet de mémoire. "Il faut être lucide. On sait qu'il y a un problème : la fast fashion, avec des ouvriers peu ou pas payés et des conditions de travail difficiles, des productions à très hauts volumes, des matières qui ne respectent pas les critères environnementaux, etc. Nous proposons une solution : des vêtements qui ne détruisent pas la planète et qui créent et maintiennent des emplois locaux et sociaux, le tout sans rien cacher. Nous créons des vêtements sans créer de problème", résume-t-il.
Jean Seyll a fait un master en ingénieur de gestion à Louvain-la-Neuve (LSM) et un autre master international de deux ans en développement durable à Berlin. C'est dans le cadre de ce second master qu'il s'est lancé dans le projet Lucid. Revenu à Bruxelles en septembre 2020, il travaille sur la marque Lucid… la nuit et pour les magasins bio Sequoia le jour.
Il y a un intérêt pour des vêtements confectionnés en Belgique, pour une mode plus durable, avec des valeurs.
Un crowdfunding en avril 2022
C'est en avril 2022 qu'il plonge à temps plein dans l'aventure Lucid en même temps qu'il lance un crowdfunding. Il veut récolter 8.000 euros – les gens sont invités à précommander des vêtements de la marque. En un mois, la campagne réunit… 28.800 euros. "Cela montre bien qu'il y a un intérêt pour des vêtements confectionnés en Belgique, pour une mode plus durable, avec des valeurs. Et qu'il y a un modèle économique qui est viable et intéressant à mettre en place", souligne le fondateur de la marque. Depuis 6 mois, il a été rejoint par Savinien Domken, lui aussi ingénieur de gestion (LSM), spécialisé dans le marketing digital et impliqué dans le design de vêtements. À deux, ils devraient passer en société début 2024.
En pratique, les t-shirts et hoodies (sweats avec capuche) sont fabriqués à 100 % à partir de matières recyclées : déchets textiles de l'industrie et anciens vêtements d'une part et bouteilles en plastique d'autre part. "Le fil de coton recyclé est mixé avec un fil fait à partir de plastique fondu, ce qui le rend plus solide que le fil de coton recyclé, et même que le fil de coton vierge, explique le jeune responsable. Le fil est recyclé en Espagne dans une entreprise spécialisée dans cette technologie très spécifique. Il est transformé en bobines de tissu dans le nord de la France avant d'arriver en Belgique où les vêtements sont confectionnés dans deux ateliers de travail adapté, à Lobbes et Colfontaine."
"Aujourd'hui, on doit d'abord convaincre par le design, pointe Jean Seyll. Les gens achètent parce que le modèle leur plaît. La cerise sur le gâteau, c'est son impact environnemental et social." Cette production plus durable et locale a un prix : 48 euros pour le t-shirt et 97 pour le hoodie. "Mais nous sensibilisons au fait que le coût par utilisation est moins élevé : notre t-shirt dure entre 5 et 10 ans, à comparer avec à un t-shirt fast fashion acheté à 10 euros et qui ne dure qu'un an."
Plateformes et nouveaux marchés
En préparation pour l'été, de nouveaux t-shirts et une chemise en lin, "du lin français et bientôt, nous l'espérons, 100 % belge, nous sommes en discussion, et nous pensons aussi au chanvre". Et pour l'automne, des chaussettes et des bonnets. Avec à la clé, de nouveaux ateliers dédiés.
Les ventes se font uniquement via le site. "Nous devrions être présents dans un magasin à Bruxelles cet été, de quoi faire un test." Et puis, l'idée est aussi de se lancer sur des plateformes de mode durable et dans le B to B : "Des organisations sont intéressées par notre savoir-faire". Côté chiffres, Jean Seyll espère dépasser cette année son chiffre d'affaires de 2022 (environ 35.000 euros) et atteindre l'équilibre dès 2024.
Il entend aussi s'attaquer aux marchés luxembourgeois et français et aller en Flandre. Une croissance qu'il compte financer via les ventes, des subsides (comme la bourse en économie circulaire que Lucid vient de décrocher) et une levée de fonds "qui nous permettrait de passer à la vitesse supérieure".
