L'affrontement entre le Roi et Spaak, beau sujet de théâtre
La question royale fut un des moments les plus dramatiques de l'histoire belge. Au KVS.

- Publié le 28-01-2024 à 09h41

On sait combien notre époque est peuplée d'incertitudes et de craintes, y compris sur l'avenir de la Belgique au lendemain des prochaines élections. Il est alors intéressant de revoir l'Histoire surtout quand elle est jouée sur une scène de manière aussi convaincante que dans Rexit ! jouée au KVS par deux formidables acteurs, parmi les meilleurs de Flandre. On peut y réfléchir plus de 70 ans après les faits sur ce qui a failli causer une guerre civile en Belgique, ce qu'on a appelé "la question royale".
On y raconte les entrevues entre Léopold III et son ministre Paul-Henri Spaak, depuis leurs premières rencontres jusqu'à l'abdication du Roi le 16 juillet 1951.
Bruno Vanden Broecke, qui nous offrit déjà une magnifique interprétation en français et en néerlandais pour Missie et Para, joue Spaak, en costume et nœud papillon. Valentijn Dhaenens est Léopold III sanglé dans son uniforme militaire. Le texte est de Vincent Stuer qui fut porte-parole du VLD, de De Gucht, et "plume" de Barroso. Il a vu les misères et splendeurs de "l'homo politicus". Il en a tiré sa vision sur ce dialogue saisissant.
Au début, les jeunes Spaak et Léopold III vivent une "camaraderie", avec un Roi un peu arrogant envers son "petit ministre des PTT".
Un Roi buté
Le 10 mai 1940 survient la guerre. On entend sur scène les bruits des stukas et on voit une pluie de papiers. Le 25 mai se déroule la dramatique entrevue du château de Wijnendaele. La pièce raconte comment le gouvernement Pierlot ne savait même pas où se cachait le Roi et finalement, Spaak, ministre des Affaires étrangères, le retrouve à 4h30 du matin, pour le presser de quitter le pays avec son gouvernement et de continuer la guerre depuis Londres. Mais le roi reste inflexible, persuadé de la victoire allemande. Orgueilleux, il veut rester en Belgique avec son peuple et empêcher que l'Allemagne ne démembre son pays.
Aveugle aux conséquences de ses actes
Rexit ! montre un Roi buté, ancré sur ses prérogatives mais faible, surtout obsédé cette nuit-là de ne pas réveiller ses enfants.
Le roi restera ainsi, largement aveugle aux conséquences de ses actes, ne comprenant pas la portée politique de ses actes, accumulant les erreurs qu'il ne veut pas reconnaître une fois la guerre finie (son remariage, sa visite à Hitler pour tenter d'améliorer le sort des prisonniers belges, etc.), jusqu'à gifler son ancien Premier ministre devenu premier président de l'ONU. Il croit encore que le référendum sur son retour en Belgique, qui le donne gagnant à 58 %, surtout en Flandre, le sauvera. Mais les trois morts de Grâce-Berleur et les émeutes, l'obligent à abdiquer en faveur de Baudouin.
La pièce montre alors un Léopold III devenu photographe-voyageur, enfin lui-même, débarrassé d'un costume royal qui ne lui allait vraiment pas.
Rexit !, KVS, Bruxelles, jusqu'au 31 janvier
