Le premier choc du Festival d'Avignon, la danse androgyne de Chaignaud: "sublime, troublant"
- Publié le 10-07-2018 à 10h55
- Mis à jour le 10-07-2018 à 17h15

Au Festival d'Avignon, le spectacle "Romances inciertos" du danseur et chorégraphe François Chaignaud est troublant, une merveille.
Le cloître des Célestins, avec ses deux grands platanes, est le plus bel endroit d'Avignon et, chaque soir, avec "Romances inciertos, un autre Orlando", on y vit un moment de beauté "sublime", le premier choc de ce festival. "Sublime" comme peuvent l'être des peintures de Zurbaran, "sublime" comme le cortège sanglant de la semaine sainte à Séville ou comme Nietzsche sur les sommets de l'Engadine.

Le chorégraphe et danseur François Chaignaud (aidé de Nino Laisné à la mise en scène et à la direction musicale) y explore les marges de l'histoire de la danse, se travestit, joue sur l'étrangeté de l'androgynie.
Dans le cloître, quatre musiciens jouent des musiques anciennes d'Espagne au théorbe, à l'accordéon, à la contrebasse et aux percussions. Chaignaud danse trois grandes figures "intersexes" de l'Espagne ancienne : la Doncella guerrera, le demoiselle déguisée en soldat, puis la figure trouble de San Miguel et enfin, la Tarara, danseuse flamenco androgyne.
La musique comme la danse y puisent dans l'histoire même de l'Espagne baroque, souffrante et extatique. Si le principe peut être dans l'excès, la réalisation est au contraire dans une retenue toute de beauté singulière et de grande sensualité. Quand Chaignaud est coiffé d'un casque de conquistador ou est chaussé d'échasses impossibles avec lesquelles il parvient pourtant à danser, quand il saute et s'envole tout en dansant sur la pointe de ses chaussons.
Jamais il ne se transforme en femme. Il est au-delà du genre, du côté des anges peut-être, maquillé, voué à la beauté suprême quand Eros se mêle à la souffrance.
Et François Chaignaud, tout en dansant, chante magnifiquement sans apparemment souffrir de faire les deux à la fois. Sa voix passe des graves à la hauteur des complaintes des femmes sur les plateaux arides de la Castille. On en avait la chair de poule.
Un spectacle hors normes, an-historique, au-delà de l'excès, minimal, d'une beauté confondante saluée par une standing ovation à Avignon. Premier coup de coeur du Festival avec celui pour "La Reprise - Histoire(s) du théâtre I" de Milo Rau.
- Festival d'Avignon, jusqu'au 24 juillet - www.festival-avignon.com
- "Romances inciertos, un autre Orlando" ouvrira la saison bruxelloise de Charleroi danse les 10 et 11 octobre.