Panorama d'une décennie de cinéma
L'éditeur Taschen publie une magnifique anthologie consacrée à la production des années 2010.

- Publié le 19-04-2022 à 09h24

Avec 100 films des années 2010, Taschen confirme son statut d'éditeur de référence. Ce magnifique ouvrage de près de 900 pages s'inscrit, comme le précédent 100 films des années 2000, dans la collection consacrée aux archives du cinéma, aux côtés d'autres bibles sur James Bond, Walt Disney ou Charlie Chaplin.
Professeur d'histoire de l'art à l'université de Dresde, Jürgen Müller a réuni une dizaine d'auteurs, essentiellement allemands, pour réaliser cette anthologie consacrée à la production cinématographique de la décennie écoulée, dont 100 titres ont été retenus, d' Une séparation d'Asghar Farhadi en 2011 aux Sept de Chicago d'Aaaron Sorkin en 2020.
Les auteurs reconnaissent que cette sélection est "tout à fait arbitraire". Il n'empêche, et même si elle tourne très fortement les yeux vers les États-Unis (dont viennent près de 60 % des films retenus), elle offre un très beau panorama d'une décennie lors de laquelle le cinéma a connu de profondes mutations.
Les mutations du cinéma
Le livre s'ouvre d'ailleurs sur une longue introduction de Jürgen Müller et Philipp Bühler, qui partent d'une minutieuse analyse de Once Upon a Time… in Hollywood (2019) de Tarantino pour réfléchir à la façon dont on révère le cinéma du passé, à l'heure où les plateformes de streaming tendent à rabaisser les films au rang de "simple contenu en ligne". Ces dernières ne sont cependant pas oubliées ici, puisque l'ouvrage évoque Okja de Bong Joon-ho, Roma de Cuarón ou Mank de Fincher, trois productions Netflix.
Mais à feuilleter ce beau livre, à se souvenir des émotions provoquées sur grand écran par ces films venus d'horizons très divers, impossible de conclure que la magie du 7e Art a disparu. Et ce malgré les crises successives qu'il a connues ces dernières années, avec l'affaire Weinstein ou, évidemment, le confinement, qui n'a que fragilisé un peu plus encore les salles de cinéma au profit du streaming…
Une présentation détaillée des films
100 films des années 2010 brosse un portrait du cinéma dans toute sa diversité, des films d'auteur aux blockbusters, en passant par le documentaire et l'animation. Où se détachent, en creux, les réalisateurs qui comptent sur la scène contemporaine, ceux qui ont droit à deux films analysés. Comme Paul Thomas Anderson ( The Master et Phantom Thread ), Greta Gerwig ( Lady Bird et Les Filles du docteur March ), Damien Chazelle ( Whiplash et La La Land ), Alfonso Cuarón ( Gravity et Roma ), Alejandro González Iñárritu ( Birdman et The Revenant ), Lars von Trier ( Melancholia et Nymphomaniac ), Pawel Pawlikowski ( Ida et Cold War ) ou encore Bong Joon-ho ( Okja et Parasite )… Et même trois pour Christopher Nolan ( The Dark Knight Rises , Dunkerque et Tenet ).
Dans cette sélection - très masculine, il faut le souligner -, on retrouve également des pointures européennes, comme Aki Kaurismaki ( Le Havre ), Michel Hazanavicius ( The Artist ), Michael Haneke ( Amour ), Leos Carax ( Holy Motors ), Paolo Sorrentino ( La grande bellezza ), Yorgos Lanthimos ( The Lobster ) ou Céline Sciamma ( Portrait de la jeune fille en feu ). Mais aussi quelques grandes signatures asiatiques : Hayao Miyazaki ( Le Vent se lève ), Hirokazu Kore-eda (Une affaire de famille), Hou Hsiao-Hsien ( The Assassin ) ou Diao Yinan ( Le Lac aux oies sauvages ). Ainsi que quelques pépites du cinéma d'auteur mondial, telles que Norte, la fin de l'histoire du Philippin Lav Diaz ou Timbuktu du Mauritanien Abderrahmane Sissako.
L'impact du cinéma populaire
Mais les auteurs ne dénigrent pas pour autant le cinéma populaire. Ils se penchent ainsi sur de grosses productions hollywoodiennes comme les quatre volets des Avengers (qui ont rapporté 7,5 milliards de dollars !) et le Black Panther de Marvel, la nouvelle trilogie Star Wars, la quadrilogie Hunger Games, le Joker de Todd Philips ou encore le phénomène John Wick avec Keanu Reeves. En tentant, à chaque fois, d'analyser les évolutions, industrielles, sociales ou politiques, que reflètent ces grands films pop-corn.
Chaque film est ici placé sur le même pied, bénéficiant de 8 à 10 pages magnifiquement illustrées, d'un générique détaillé, d'un palmarès éventuel, suivi d'une analyse très accessible, émaillée de citations de grands médias internationaux et d'un encadré présentant le réalisateur, un acteur ou un thème.
Bref, un ouvrage essentiel pour les cinéphiles ! Même si l'on regrette quelques coquilles orthographiques ou une traduction parfois surprenante. Comme lorsque, dans l'introduction, Diderot est qualifié de "dramaturge français et critique littéraire" (et non de philosophe ou encyclopédiste) ou que La Vie d'Adèle se voit rebaptisé Le Bleu est une couleur chaude (traduction… du titre international)…
>>> Publié aux éditions Taschen (879 pp., 40€).
