Les jeunes hautement qualifiés peinent à trouver un emploi
Depuis plusieurs années, le temps entre la sortie des études et l'insertion sur le marché du travail s'allonge légèrement.

- Publié le 17-05-2026 à 08h22
Des dizaines de CV envoyés, des heures passées à écumer les petites annonces et les réseaux sociaux destinés à la recherche d'emploi… Cette situation, de nombreux jeunes la connaissent.
Sara (*) par exemple, a terminé ses études de bio-ingénieur en 2023. Depuis, elle recherche un emploi stable. Elle qui rêvait de se lancer dans la recherche scientifique est aujourd'hui contrainte de s'ouvrir à d'autres postes, moins en accord avec ses objectifs de carrière. "Même lorsque l'on postule en entreprise, ce n'est pas gagné. De nombreux employeurs demandent, par exemple, un diplôme de niveau bachelier, et refusent d'engager quelqu'un de plus qualifié, par souci d'économie", explique-t-elle.
Pour avoir tout de même un revenu, Sara a tenté de trouver un job alimentaire. "J'ai travaillé dans plusieurs grandes surfaces, mais là aussi c'est parfois difficile. Beaucoup d'employeurs ne veulent pas prendre le temps de vous former s'ils savent que vous allez partir dans quelques mois. C'est plus rentable pour eux d'engager un étudiant".
Changer de secteur
Cette situation, qu'elle décrit comme chronophage et très énergivore, Sara est loin d'être la seule à la connaître. Diplômée la même année d'un master universitaire, Elisa vient de perdre son emploi, après deux années au sein de l'entreprise. "Je reste ouverte à diverses propositions de postes, mais les réponses négatives s'accumulent, confie-t-elle. J'ai décidé d'entreprendre un master pensant que cela me permettrait de choisir mon métier. Dans les faits ce n'est pas le cas, je dois faire avec ce qu'il y a sur le marché".
Après plusieurs mois de recherches, certains sont contraints de changer complètement de secteur. "J'ai étudié l'histoire de l'art. Même si je savais que c'était un milieu difficile, les coupes budgétaires dans la culture font qu'il est presque impossible d'y trouver du travail. Après une période de chômage, je viens tout juste de trouver un emploi, mais dans l'aviation", explique Jonas.
Pas catastrophique
Les services publics wallon et bruxellois de l'emploi remarquent depuis plusieurs mois cette tendance à la hausse. "Depuis 2022, le délai entre la sortie des études et le premier emploi augmente légèrement", explique Thierry Ney, porte-parole du Forem. En 2025, le délai moyen pour trouver un emploi en sortant des études était de 65 jours pour les titulaires d'un master et de 49 jours pour les titulaires d'un bachelier, d'après les derniers chiffres du Forem. "Cela peut s'expliquer par le fait que les titulaires d'un master sont plus sélectifs dans leur recherche d'emploi. De plus, le plus souvent, un stage en entreprise ne leur est pas proposé durant leur formation. Cela peut dans certains cas constituer un frein à l'emploi."
À Bruxelles, le service public bruxellois de l'emploi dresse le même constat. Depuis plusieurs mois, la proportion de chercheurs d'emplois hautement qualifiés augmente dans la capitale. "Les raisons de cette augmentation sont d'ordre conjoncturel, ce n'est pas propre à Bruxelles, cela s'observe dans les trois régions. De manière générale, l'environnement n'est pas propice aux engagements, détaille Romain Adam, le porte-parole d'Actiris. La crise covid suivie de la crise inflationniste a eu un impact sur les entreprises. Bruxelles dénombre de plus en plus de faillites. Tout cela fait que le marché de l'emploi est tendu, et qu'il est plus difficile de trouver un emploi, notamment pour les jeunes en sortie d'études". Certains secteurs échappent à cette tendance. Certains métiers en pénuries engagent toujours autant. C'est notamment le cas de l'enseignement, ou du secteur de la santé.
Néanmoins, en Wallonie comme à Bruxelles, les services publics de l'emploi ne parlent pas encore d'une situation catastrophique. "Se former reste la meilleure solution pour s'insérer sur le marché de l'emploi, rassure Thierry Ney. Que vous ayez un master, un baccalauréat ou une alternance, vous aller vous insérer rapidement sur le marché de l'emploi. Avoir son permis de conduire est également un plus qui peut faire la différence. Même sans posséder de véhicule personnel, être en capacité de conduire est toujours très important aujourd'hui". Ce dernier rappelle par ailleurs qu'un accompagnement et des formations sont proposés pour les jeunes qui en auraient besoin.
(*) Prénom d'emprunt
