"Aujourd'hui, on ne peut plus maintenir le même volume d'emplois dans nos hôpitaux"
La pression financière s'accentue sur le secteur. Le CHU Helora, confronté à une grève mardi, devra passer par un plan de licenciements.

- Publié le 17-12-2024 à 20h32

La tension sociale est forte, inédite même, dans les hôpitaux du CHU Helora. Les établissements de Mons-Constantinople (ex-Saint-Joseph), Mons-Kennedy (ex-Ambroise Paré) et Warquignies étaient en grève mardi. D'autres actions devraient suivre, notamment à La Louvière, Lobbes et Nivelles.
Les syndicats s'inquiètent du plan de restructuration préparé par la direction qui devrait déboucher sur des licenciements. Les syndicats évoquent la suppression de 60 équivalents temps plein (ETP) rien que pour La Louvière, Lobbes et Nivelles.
"Ce qui se passe chez Helora est très commun aux hôpitaux belges, assure Stéphan Mercier, directeur général du groupe CHU Helora, sollicité par La Libre. La dernière étude Maha (sur l'état des finances des hôpitaux, NdlR) a montré que 2023 n'était pas meilleure que 2022, avec deux tiers des hôpitaux qui sont aujourd'hui en dessous de la ligne de flottaison financière."
Les difficultés sont connues : si les recettes des établissements hospitaliers augmentent, les coûts augmentent encore plus (énergie, alimentation, salaires, cybersécurité et IT, nouvelles technologies, etc.). "Quand on additionne tout cela, on a un cocktail qui ne nous permet pas de continuer ce qu'on faisait avant, comme on le faisait avant."
Une double restructuration
Le plan de restructuration comprend deux grands volets. Le premier concerne la réorganisation des hôpitaux de Mons-Constantinople et Mons-Kennedy, distants de 700 mètres, pour lesquels "on ne peut plus maintenir des fonctions dupliquées", tranche le directeur. Des services vont donc être fusionnés et localisés d'un côté ou de l'autre, dans l'attente de la construction d'un nouveau site à Jemappes (commune de Mons), à l'horizon 2030.
Le second volet concerne les autres établissements du groupe, dont les structures administratives n'atteignent pas le niveau d'efficience souhaité. En d'autres termes : elles coûtent trop cher.
Dans les deux cas, des emplois devraient être perdus. Peut-être du personnel soignant à Mons, plutôt du personnel de support ailleurs.
Adapter l'emploi aux financements
"C'est quelque chose qui est compliqué à comprendre dans notre secteur (qui souffre d'une pénurie de personnel soignant, NdlR), mais, aujourd'hui, on ne peut plus maintenir le volume d'emplois. On va devoir le réduire, dit Stéphan Mercier. Pour pouvoir garantir ce volume d'emplois, il faudrait que nos financements soient garantis, ce qui n'est plus le cas. Or les coûts de personnel représentent 70 % de nos charges. On est obligé d'adapter l'emploi à nos financements. Cela ne veut pas dire que les réductions se feront majoritairement par des licenciements, mais on ne peut pas exclure qu'il y en aura quand on aura épuisé les possibilités de reclassement en interne."
Selon le directeur général, la réduction du volume d'emplois envisagée par Helora n'a rien d'exceptionnelle comparativement aux autres groupes hospitaliers. Ce qui l'est, dit-il, c'est peut-être la vitesse à laquelle cette réduction va s'opérer.
Le groupe Helora doit réaliser un effort financier de 30 millions d'euros, comparable à celui effectué par le CHU UCL Namur ces deux dernières années. "Ces chiffres ne tombent pas du ciel. Ce n'est pas un hasard si deux grands ensembles hospitaliers doivent tous les deux faire un effort de 30 millions d'euros."
Inertie politique
Pour M. Mercier, "deux phrases résument les attentes du secteur". "La première : que l'indexation soit appliquée totalement. La majorité de nos dépenses sont indexées, mais pas toutes. Par exemple, les honoraires médicaux auraient dû être indexés de 4 % le 1er janvier 2025. Pour les médecins spécialistes, ils vont être indexés de 3,34 %. Cela n'a l'air de rien, mais sur les masses concernées, cela fait de l'argent."
On a un cocktail qui ne nous permet pas de continuer ce qu'on faisait avant, comme on le faisait avant.
"La deuxième chose qu'on demande, c'est de la prévisibilité, avoir une trajectoire stable à trois, cinq ou dix ans pour savoir à quelle sauce on va être mangés. Quand vous devez discuter avec les banquiers d'une construction hospitalière, dont le financement va s'étaler sur 25 ans, et que votre horizon de prévisibilité est d'un an, il y a quelque chose qui ne fonctionne plus dans le système."
La réforme du secteur hospitalier et de son financement est dans les cartons gouvernementaux depuis des années. "Aujourd'hui, la seule décision qui est prise concerne la masse budgétaire" avec laquelle les directions doivent se débrouiller. "Il est temps que les arbitrages soient faits au niveau politique."
