Pénurie inquiétante de médecins généralistes en Wallonie : "Il faut plus de deux médecins pour remplacer un qui s'en va à la retraite"
Le nombre de communes wallonnes en pénurie a globalement diminué mais de nombreuses régions restent sous pression.

- Publié le 19-02-2024 à 07h28

Le nombre de médecins généralistes actifs en Wallonie est en constante augmentation depuis 2016. Cependant, ces nouveaux arrivants ne permettent pas encore de combler les manques dans les communes en pénurie et les besoins de remplacement des médecins qui partent à la retraite.
C'est le constat principal dressé par le nouveau cadastre des médecins généralistes réalisé par l'Aviq (l'Agence pour une vie de qualité). Si le nombre de communes en pénurie a globalement diminué depuis 2016, la situation dans les provinces reste critique dans la majorité des communes (voir carte ci-contre). De plus, le nombre de communes en pénurie sévère (soit une commune avec moins de 50 médecins généralistes pour 100.000 habitants) a tendance à stagner. En regardant bien les chiffres, on s'aperçoit que le nombre des communes en grande souffrance a diminué progressivement jusqu'en 2020, où il a atteint son niveau le plus bas (40 localités délaissées) mais qu'il a remonté depuis lors et qu'il se situait à 52 en 2023. "Dans la province de Luxembourg, la densité médicale est passée en dessous de 90 médecins pour 100.000 habitants, soit une baisse de 17 % en ETP, ce qui prouve que la ruralité reste sous pression, indique Lara Kotlar, porte-parole de l'Aviq. On remarque qu'il y a également encore des zones en pénurie dans le Hainaut, notamment à Lobbes, Colfontaine, Courcelles ou encore Fleurus mais aussi dans la région namuroise".

Les départs à la pension plus nombreux que jamais
Pour combler le déficit actuel et avoir au moins 90 médecins généralistes pour 100 000 habitants dans chaque commune, il faudrait donc 145 médecins supplémentaires, d'après l'Aviq.
Et pour remplacer les médecins qui prendront leur retraite au cours des cinq prochaines années, il faudrait 585 médecins en plus. Les besoins par province sont de 66 en Brabant wallon, 294 dans le Hainaut, 214 en province de Liège, 67 en province de Luxembourg et 88 en province de Namur.
Pour attirer les généralistes dans les zones rurales, il existe les aides nommées Impulseo. Ce sont des primes accordées aux médecins, comprises entre 20.000€ et 25.000€ en fonction de la commune, de faible ou très faible densité de médecins.
Selon l'Aviq, le rajeunissement des médecins généralistes (52,9 ans en moyenne en 2016 et 48,5 ans en 2022) est une bonne nouvelle pour le long terme car dans un futur plus proche, cinq à dix ans, il faudra remplacer 585 médecins de plus de 65 ans dans la région.
Un phénomène sur lequel insiste depuis des années la Fédération des Associations de Médecins Généraliste (FAGW).
Il faut dire que les départs de la profession sont plus nombreux que jamais : 271 en 2022, contre 94 en 2016. "Face aux nouveaux modes de pratique, il faut plus de deux médecins pour en remplacer un qui s'en va à la retraite, explique Lara Kotlar. La société évolue et les jeunes médecins ne travaillent plus comme leurs aînés il y a trente ans. Ils veulent favoriser davantage la conciliation entre vie privée et vie professionnelle. Et évidemment, ce ne sont pas les mêmes horaires de travail. C'est pour cela qu'on assiste aussi à l'essor des maisons médicales et des pratiques de groupes. Les médecins veulent se concentrer sur les tâches les plus essentielles du métier. S'il y a des zones dans lesquelles les médecins vont s'installer plus facilement, notamment dans les zones urbaines. Il est plus difficile de les attirer dans les zones rurales ou reculées".