Faut-il fermer les écoles en Belgique ? "C'est la toute dernière mesure à prendre", estiment des pédiatres
La Belgique doit-elle suivre l'exemple du Royaume-Uni et fermer ses écoles afin d'éviter la propagation du coronavirus et son variant britannique chez nous ? Deux pédiatres font le point avec nous.

- Publié le 19-01-2021 à 19h24
- Mis à jour le 19-01-2021 à 22h03

Dans un entretien avec nos confrères de Het Laatste Nieuws, Igor Fierens, un pédiatre belge, a mis en garde les autorités du pays. Selon lui, les mesures mises en place par notre gouvernement ne suffisent pas pour contrer les nouveaux variants du Covid-19. " Pour être honnête, je ne comprends pas vraiment pourquoi la Belgique n'a pas encore fermé les écoles, maintenant que cette variante a également fait surface parmi vous. Les enfants sont plus facilement infectés", explique-t-il. " Avec cette variante, vous devez prendre des mesures supplémentaires, sinon les chiffres vont exploser à nouveau de manière spectaculaire" , Si le médecin est en faveur de mesures drastiques, c'est qu'il est confronté chaque jour à des patients atteints par les nouvelles souches du Covid-19. Le pédiatre qui travaille au Royal London Hospital, le plus grand hôpital de Londres, est revenu sur les cas liés à la variante britannique. " La variante britannique, comme vous aimez l'appeler, peut aussi être plus contagieuse pour les enfants, mais cela ne veut pas dire qu'elle vous rend plus malade ", rappelle-t-il. " La plupart des enfants n'en tombent toujours pas malades. Dans tous les cas, on n'observe pas d'augmentation significative du nombre de patients entre 3 et 12 ans, et ils présentent également les mêmes symptômes que lors des deux premières vagues" .
Qu'en pensent les pédiatres sur notre territoire ? Une fermeture des écoles est-elle d'actualité chez nous ? Deux pédiatres nous donnent leur avis sur cette sortie médiatique.

Philippe Lannoo, conseiller pédiatre à l'ONE : "Aucun argument valable pour justifier une fermeture des écoles"
Conseiller pédiatre à l'ONE et pédiatre dans le privé, Philippe Lannoo explique avoir beaucoup de réunions sur le sujet avec des médecins universitaires. Pour lui, il n'y a pas lieu de fermer les écoles actuellement et il n'y avait pas lieu de les fermer avant non plus. "La souche anglaise est, c'est vrai, plus contagieuse que la souche habituelle mais l'enfant n'est pas le vecteur principal. En Angleterre ils ont vu qu'il y avait plus de cas chez les enfants mais c'est assez logique puisqu'il y a eu proportionnellement plus de cas en général."
Pour le pédiatre, il ne faut pas sous-estimer le coronavirus chez les enfants. "Les enfants peuvent être malades du Covid mais en général ils sont très peu malades contrairement aux adultes qui le sont beaucoup plus. Les enfants contaminent moins également, c'est une donnée importante. Un enfant peut contaminer mais c'est plus souvent l'adulte qui contamine l'enfant. Il n'existe donc pas plus d'arguments pour fermer les écoles maintenant qu 'au mois d'octobre où la situation était bien plus inquiétante qu'elle ne l'est aujourd'hui chez nous."
Une fermeture des écoles apporterait trop de conséquences collatérales aux enfants selon Philippe Lannoo qui voit au quotidien des enfants marqués par la fermeture lors du premier lockdown. "Beaucoup d'enfants sont en décrochage scolaire et d'autres ont un mal-être psychologique. Le tout est causé par le confinement et les cours en non-présentiel pour les plus grands. Il n'y a donc aucun argument valable maintenant pour justifier une fermeture des écoles."
Le pédiatre reste toutefois très attentif et se prépare à tout éventualité. "Il ne faut certainement pas mettre la population en danger. Si, à un moment donné, on voit pour une raison X ou Y que les cas flambent et que les enfants commencent à être très atteints, on pourra revoir la situation mais ce n'est pas du tout le cas. Fermer les écoles sera la dernière mesure à prendre. Si il y a beaucoup de cas dans une même école, il faudra la fermer temporairement mais ce sera localisé. Tout fermer sur notre territoire n'a cependant aucun sens."
Pour le Dr Lannoo, avant de fermer les écoles, il faut regarder à d'autres endroits où cela coince. "Je pense par exemple aux activités extra-scolaires où il y a des mélanges de bulles. Des parents par exemple qui vont déposer leur enfant à tel endroit puis discutent pendant x temps avec un autre parent présent aussi sur place, cela provoque des mélanges de bulles et cela peut créer des problèmes. Je pense qu'il faudra donc bien analyser ce type de scénario avant de viser les écoles."
Le pédiatre conclut en faisant passer un message à toute la population. "Vaccinez-vous. Une adhésion à la vaccination est essentielle pour revivre. Une vie comme avant ne sera possible dans l'immédiat mais si on vaccine bien, on peut espérer que nous ne soyons plus comme en 2020."

"L'une des dernières mesures à prendre", estime Marc Hainaut
Marc Hainaut, pédiatre au CHU Saint-Pierre, est lui assi contre une fermeture des écoles chez nous. Il rejette d'ailleurs l'avis du pédiatre belge basé à Londres. "Je ne sais pas si ce pédiatre est bien au courant de la situation en Belgique car il n'y a vraiment aucune raison de fermer les écoles maintenant. Notre situation en Belgique n'a rien avoir avec celle de l'Angleterre" estime tout d'abord le pédiatre. "On sait que ce nouveau variant est présent en Grande-Bretagne depuis plusieurs mois et cela s'est emballé ces dernières semaines ce qui a obligé le pays à prendre des mesures drastiques que les autorités n'avaient pas prises auparavant. Les mesures chez eux et chez nous n'étaient pas du tout les mêmes au départ", tempère Marc Hainaut qui réfute toute fermeture des écoles en Belgique.
"En Belgique, ce que nous considérons, c'est que quelle que soit la situation, il faut éviter la fermeture des écoles. Je ne dis pas que nous ne serons pas amené un jour à les fermer, personne ne peut le savoir, mais ce sera en tout cas l'une des dernières mesures que nous prendrons dans une série de mesures", estime le Professeur du CHU Saint-Pierre à Bruxelles qui affirme que la première fermeture de écoles a fait des dégâts.
"Suite au premier lockdown et la fermeture des écoles, nous avons remarqué beaucoup d'effets secondaires et ce, dans beaucoup de pays, que ce soit chez les enfants ou chez les adultes. Une fermeture a vraiment beaucoup d'effets néfastes sur les enfants", souligne Marc Hainaut qui juge qu'il faut un principe de balance dans ce cas. "Il faut voir ce qu'on peut gagner au niveau du coronavirus et ce que les enfants vont perdre en ne se rendant plus à l'école. C'est une mesure qu'il ne faut pas prendre à la légère et préventivement."
Faudrait-il dès lors rendre le port du masque obligatoire même pour les plus jeunes pour éviter des contaminations dans les écoles ? "C'est une question très compliquée", reconnaît le pédiatre. "Je n'y suis pas particulièrement favorable sans être rigoureusement contre. Nous avons très peu de données sur l'efficacité que cela peut avoir. On se dit que ça ne peut pas être très méchant de mettre le masque un peu plus tôt que les 12 ans réglementaires en Belgique mais honnêtement je suis très sceptique quant à l'efficacité de cette mesure. Quand je vois parfois comment certains adultes mettent le masque, je me dis que les enfants ne vont pas toujours bien le mettre et ne pas en prendre soin comme il le faut donc au final l'efficacité sera faible. Cette mesure sera peut-être prise et ce n'est pas grave pour un enfant de mettre un masque mais je doute de l'efficacité de la mesure tout de même."
La mesure n'aurait de sens que si elle prenait en compte les enfants à partir de 10 ans. "Il y a déjà eu des cas d'épidémie de grippe dans les hôpitaux et on fournit un masque aux enfants dans le service pédiatrie mais je remarque que souvent cela ne sert pas à grand chose car il est soit mal mis, échangé avec une autre personne ou bien l'enfant joue avec et finit par le mettre dans sa bouche ce qui n'a donc plus d'utilité à le porter. Si on oblige les enfants à partir de 10 ans à le porter et qu'on leur explique comment il faut le mettre et ce qu'on ne peut pas faire avec, là, ça pourra avoir un sens comme mesure."
Par rapport au variant britannique, le professeur du CHU Saint-Pierre tient aussi à remettre l'église au milieu du village. "Les enfants ne sont pas plus sensibles au variant britannique que les adultes, il ne faut pas exagérer les choses. C'est simplement un variant qui est plus contagieux. S'il prend de l'ampleur dans notre pays, hormis le port du masque à partir de 10 ans, je ne vois pas ce que nous pouvons faire de plus que les mesures actuelles. La distanciation, l'aération des salles de classes,... Ce sont des choses que nous faisons et sur lesquelles il faudrait peut-être toujours plus insister."
"La toute dernière option", selon le RAG
De leur côté, les experts du Risk Assessment Group ont assuré ce mardi que la fermeture des écoles devrait être la toute dernière option. En cas de détérioration de la situation, ils plaident pour l'interdiction de regroupements d'enfants à l'intérieur dans le cadre d'activités sportives et culturelles. Autre mesure préconisée par le RAG : l'obligation de porter le masque dès l'âge de 10 ans, si l'épidémie venait à s'aggraver d'avantage. Cela concernerait les élèves à partir de la 5e primaire.