La N-VA a trouvé la recette pour contenir le Vlaams Belang
Au pouvoir au fédéral, Bart De Wever réussit pour l'heure un pari délicat : gouverner sans céder de terrain à l'extrême droite flamande.

- Publié le 03-06-2026 à 06h35
- Mis à jour le 03-06-2026 à 06h36

L'un des duels les plus frontaux de la politique flamande a peut-être trouvé une issue. Lors des élections générales de juin 2024, surprenant son propre état-major, la N-VA avait battu le Vlaams Belang (VB). C'était inespéré : le parti de Bart De Wever craignait d'être supplanté par l'extrême droite. Forts de cette victoire, les nationalistes flamands allaient revenir au pouvoir au fédéral. Bart De Wever, la figure dominante de la N-VA, accédait même au 16, rue de la Loi, liant son destin à la réussite ou à l'échec des ambitieuses réformes de la majorité Arizona.
Rapidement, une question s'est posée : face à un Vlaams Belang déterminé à faire trébucher son vieux rival, la N-VA allait-elle payer le prix des inévitables compromis qu'imposent les responsabilités gouvernementales ? Pour l'heure, rien ne l'indique. Selon le récent sondage mené pour la RTBF et De Standaard, les nationalistes flamands progressent dans les intentions de vote (27,7 %, contre 25,6 % aux élections), alors que le Belang stagne à 20,8 %. On est donc loin de la "marée brune" prophétisée par certains observateurs.
Comment expliquer la bonne santé de la N-VA alors que son principal partenaire francophone – le MR – connaît, lui, un net recul dans les enquêtes d'opinion ? Plusieurs raisons coexistent. Tout d'abord, le cadre général. Bart De Wever a endossé en quelques mois une stature d'homme d'État. L'aura dont Bart De Wever s'est drapé semble aujourd'hui rejaillir sur l'ensemble de sa formation politique.
Le combat de Van Bossuyt
Une autre constante se dégage : la N-VA s'emploie méthodiquement à réduire l'espace politique disponible pour le Vlaams Belang, jusqu'à l'asphyxier sur ses thèmes de prédilection. Par exemple, la N-VA occupe le terrain en matière migratoire. La ministre en charge de ce portefeuille, la nationaliste Anneleen Van Bossuyt, a pour mission de mettre en œuvre "la politique migratoire la plus stricte jamais adoptée en Belgique", selon la formule de Theo Francken. Si elle doit revoir ses réformes, retoquées par le Conseil d'État et la cour constitutionnelle, la ministre a néanmoins présenté plusieurs résultats tangibles, crédibilisant son action auprès de son électorat.
À l'échelon international, Anneleen Van Bossuyt bénéficie par ailleurs du soutien du Premier ministre. L'an dernier, avec plusieurs chefs de gouvernement, Bart De Wever avait signé une lettre ouverte pointant du doigt les juges de la Cour européenne des droits de l'homme, qui compliqueraient l'expulsion des criminels sans droit de séjour.
Un autre exemple. Jeudi dernier, en séance plénière de la Chambre, le Premier ministre s'est dit ouvert à une évaluation de la loi anti-racisme, jugeant légitime d'examiner les éventuelles restrictions qu'elle peut faire peser sur la liberté d'expression. Bart De Wever réagissait à la condamnation de l'ancien député Vlaams Belang Dries Van Langenhove pour incitation à la haine. Interrogé au parlement sur ce jugement par un député VB, Bart De Wever lui a coupé l'herbe sous le pied en estimant que la jurisprudence restrictive tirée de la loi anti-racisme avait peut-être dévoyé l'esprit initial du législateur.
L'apathie du Belang
En assumant sans complexe une vision de droite de la société et en refusant de laisser le champ libre au Vlaams Belang sur la migration, la N-VA parvient à le contenir. Cette stratégie s'est révélée payante, mais elle ne saurait tout expliquer. Le Belang connaît également des difficultés internes qui contribuent à ses performances décevantes. Le parti peine notamment à trancher entre deux lignes contradictoires : celle de la dédiabolisation, sur le modèle du Rassemblement national en France, et celle d'une radicalisation assumée. De cette hésitation stratégique naît une forme d'immobilisme politique dont la N-VA apparaît comme la première bénéficiaire.
