Malades de longue durée: pourquoi la mutualité Solidaris est prise pour cible
C'est elle qui compte le plus d'affiliés en invalidité et voit le plus ses décisions retoquées par l'Inami.

- Publié le 13-05-2026 à 06h38
- Mis à jour le 13-05-2026 à 06h39

Solidaris est au cœur de la tempête. Tous les organismes assureurs sont accusés par une partie du monde politique d'être trop laxistes dans le contrôle et la remise au travail des malades de longue durée. Mais la mutualité socialiste est particulièrement pointée du doigt.
Plusieurs statistiques viennent appuyer cette thèse. Selon des chiffres donnés par le ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke (Vooruit), dans une réponse parlementaire écrite, 14,33 % des affiliés (hors prépensionnés) de Solidaris étaient en situation d'invalidité en 2024. C'est plus que n'importe quelle autre mutuelle et, a fortiori, plus que la moyenne des mutuelles (hors HR Rail), qui était de 10,68 %.
La hausse des malades de longue durée est une tendance lourde et touche tous les organismes assureurs. Mais c'est Solidaris qui a connu l'augmentation la plus marquée depuis 2019, passant de 11,97 % de ses affiliés (hors prépensionnés) à 14,33 % en 2024 (+ 2,36 points).
Les crises récentes ont touché plus durement les publics déjà fragilisés, notamment en matière de santé mentale. C'est le reflet des conditions de vie de nos affiliés.
"Les chiffres doivent être replacés dans le contexte du public que nous accompagnons, réagit la mutualité socialiste. Solidaris couvre davantage de personnes qui exercent des métiers pénibles, qui ont des carrières instables ou qui vivent dans des conditions de vie difficiles. Ce sont des réalités qui pèsent lourdement sur la santé. C'est la raison principale pour laquelle nous comptons proportionnellement plus de personnes en invalidité que d'autres mutualités."
Quant à la hausse du nombre de personnes en invalidité, Solidaris l'explique par "les crises récentes [qui] ont touché plus durement les publics déjà fragilisés, notamment en matière de santé mentale. […] C'est le reflet des conditions de vie de nos affiliés."
Harmonisation des pratiques médicales
Enfin, plusieurs audits menés par l'Inami (l'Institut national d'assurance maladie-invalidité) auprès de publics cibles montrent que, selon les examens des médecins-inspecteurs de l'Institut, les médecins-conseils des mutualités reconnaîtraient trop facilement l'incapacité de travail des patients. Cette tendance, à nouveau, est plus marquée chez Solidaris.
Aussi, un contrôle mené en 2025 auprès de malades de moins de 40 ans souffrant de troubles psychiques a conduit l'Inami à mettre fin à l'invalidité dans un quart des cas examinés. Selon De Standaard, près de 30 % des décisions de Solidaris ont été retoquées, contre près de 20 % pour la Mutualité chrétienne et les Mutualités libres.
"Les divergences [d'appréciation entre mutualités et Inami] portent surtout sur la notion de 'métier de référence', justifie Solidaris. Après six mois d'incapacité, l'évaluation [des possibilités de retour au travail du patient] ne se fait plus sur le métier réellement exercé, mais sur un métier 'raisonnablement accessible'. En pratique, cela demande une interprétation médicale : il faut déterminer quels métiers restent compatibles avec les limitations de la personne. Mais quand quelqu'un a par exemple travaillé toute sa vie comme ouvrier du bâtiment, il n'y a pas beaucoup de métiers 'équivalents' accessibles si sa santé se dégrade. Manifestement, tous les médecins n'interprètent pas cette notion de 'métier de référence' de la même façon. Il est donc nécessaire de renforcer les partages de pratiques entre médecins-conseils, d'une part, et avec les médecins de l'Inami, d'autre part."
C'est précisément l'un des points d'amélioration majeurs proposés par les mutualités et l'Inami lors de leur audition, lundi, devant le Parlement.
