Le congé parental à dixième temps a de plus en plus d'adeptes: "C'est un bon compromis pour la famille et l'entreprise"
La formule, créée en 2019, a séduit en moyenne plus de 23 000 parents par mois l'an dernier. De manière générale, le succès du congé parental se confirme, et l'écart entre mères et pères tend à se réduire.

- Publié le 03-09-2025 à 06h37
- Mis à jour le 03-09-2025 à 14h28

Le succès du congé parental ne se dément pas. Quelque 105 768 parents ont en moyenne eu recours chaque mois à ce congé au cours de l'année 2024. Une augmentation de 7,2 % par rapport à l'année précédente (98 659 parents) et même de 15,7 % par rapport à 2022 (91 413 parents). On peut s'attendre à ce que le record de l'an dernier soit battu en 2025 puisque 107 036 parents en moyenne avaient profité d'un congé parental au cours de deux premiers mois de l'année, selon les chiffres communiqués par le ministre fédéral de l'Emploi, David Clarinval (MR), dans une réponse parlementaire écrite.
"Le nombre de travailleurs en congé parental a constamment augmenté ces dernières années, tant chez les hommes que chez les femmes, et dans tous les systèmes (temps plein, mi-temps, etc.), commente le ministre. C'est dans le système 1/10 que l'augmentation est la plus forte (+ 43 % entre 2022 et 2024)."
Une allocation de l'Onem
Le congé parental est une interruption de carrière que le travailleur salarié peut solliciter auprès de son employeur pour s'occuper de son enfant, avant que celui-ci n'ait atteint l'âge de 12 ans. La durée du congé correspond à quatre mois à temps plein, mais il peut être pris à mi-temps, à cinquième temps ou à dixième temps.
L'ensemble du congé parental ne doit pas être pris d'une traite, il peut être fractionné. L'Onem indiquait d'ailleurs la semaine dernière qu'un pic avait été atteint en juillet, avec près de 115 000 personnes en congé parental au cours de ce mois-là – une manière d'allonger ses vacances d'été.
Pendant le congé parental, le salarié perçoit une allocation forfaitaire de l'Onem, compensant une petite partie de la perte salariale liée à la réduction du temps de travail. L'allocation est par exemple de 932,95 euros net si le congé parental est pris à temps plein (pour un salaire réduit à zéro dans ce cas-là), et de 145,89 euros net s'il est pris à cinquième temps (pour un salaire diminué de 20 %).
Une solution pour le mercredi après-midi
Le congé à un dixième temps a été lancé le 1er juin 2019. Il peut être pris au rythme d'un demi-jour par semaine ou d'un jour toutes les deux semaines. Il rencontre manifestement une demande. On pense intuitivement au parent qui veut prendre son mercredi après-midi quand les enfants n'ont pas école ou au parent divorcé qui n'a ses enfants qu'une semaine sur deux. Quelque 23 620 pères et mères en profitaient en moyenne chaque mois en 2024, contre 16 505 deux ans plus tôt (+ 43,1 %). La tendance à la hausse se poursuit sur les deux premiers mois de 2025 avec en moyenne 26 468 parents en congé parental à 1/10.
"On peut formuler des hypothèses" sur le succès de cette formule de congé à dixième temps, commente Annalisa Casini, professeure de psychologie sociale à l'UCLouvain. "Il y a d'abord la question du 'quand' : quand faut-il s'occuper des enfants ? Le mercredi après-midi est toujours un moment un peu délicat." Le congé à 1/10 offre une opportunité à cet égard, constate l'experte, notamment dans une logique de juste partage des tâches domestiques entre le père et la mère.
Ensuite, "l'employeur a longtemps été l'élément de dissuasion le plus important pour la prise d'un congé parental, surtout chez l'homme. Il faisait passer le message qu'un tel congé était très ennuyeux [pour l'entreprise]. Dans ce contexte, le dixième temps est un bon compromis : ce moment est utile pour la famille, et l'employeur et les collègues ne regardent pas la personne de travers si elle est absente une demi-journée par semaine."
Une forte majorité de femmes
Au niveau des chiffres, on constate par ailleurs que l'écart entre les hommes et les femmes se réduit doucement avec le temps. En 2022, 64 % des parents ayant pris un congé parental étaient des femmes, pour 36 % des hommes. Cet écart est passé à 61,7 % de femmes pour 38,3 % d'hommes en 2024.
Enfin, la durée moyenne du congé parental pris en une traite s'allonge. Elle est passée de 2,78 mois (en équivalent temps) en 2022 à 2,9 mois en 2024. Les femmes prennent des congés plus longs que les hommes : 2,96 mois en 2024, contre 2,78 mois.
Il existe encore une culture selon laquelle prendre congé – en particulier pour les hommes – est perçu comme un manque d'investissement.
"Un certain nombre d'obstacles subsistent" à la prise du congé parental, commente le ministre de l'Emploi. Outre les aspects financiers et le manque de connaissance sur le congé parental, il pointe "[l'] l'organisation et [la] culture du travail". "Dans certains secteurs ou chez certains employeurs, écrit David Clarinval dans sa réponse parlementaire, il existe encore une culture [selon laquelle] prendre congé – en particulier pour les hommes – est perçu comme une absence ou un manque d'investissement [professionnel]."
"Les soins aux enfants sont […] une responsabilité partagée [au sein du couple], et les politiques doivent soutenir cette réalité, poursuit-il. Pour encourager plus d'hommes à prendre un crédit temps ou un congé parental", il annonce "des campagnes de promotion ciblées sur les hommes en vue de briser le tabou du congé parental", et dit vouloir "encourager un changement de culture chez les employeurs, notamment par […] un soutien aux entreprises qui œuvrent pour l'égalité des genres dans le cadre de la prise de congés."
