"L'islamisme radical et l'extrême droite s'alimentent car ils sont convaincus de vivre un conflit civilisationnel"
Dans son rapport annuel, l'Organe de coordination pour l'analyse de la menace (OCAM) constate une montée de l'extrémisme de droite. Décryptage avec le chercheur Mohamed Fahmi.

- Publié le 27-05-2026 à 06h33
- Mis à jour le 27-05-2026 à 08h53

Le terrorisme d'extrême droite représente une menace en pleine expansion en Belgique. Selon le dernier rapport annuel de l'OCAM, la part de signalements liés à cette mouvance a bondi de 5 % en 2024 à 13 % en 2025.
Une quarantaine de militants d'ultradroite figurent également dans la Banque de données commune T.E.R. Ce qui en fait la deuxième catégorie la plus représentée (8 %) derrière l'idéologie islamiste (86 %). "On observe une aggravation graduelle de la situation depuis huit ans", explique Mohamed Fahmi, chercheur spécialisé en terrorisme à l'Université Libre de Bruxelles (ULB).
Des facteurs historiques
La violence de l'extrême droite n'est pas neuve en Belgique. Dans les années 60' et 70', le Vlaamse Militanten Orde (VMO) multipliait déjà les agressions, les rixes et les kidnappings. En 2002, Hendrik Vyt, proche du Vlaams Blok, abattait ses deux voisins Habiba et Ahmed. Plus récemment, en 2014, Tomas Boutens, ex-militaire flamand et fondateur de l'organisation néonazie "Bloed, Bodem, Eer en Trouw", était condamné pour préparation d'attentats terroristes.
"On a longtemps considéré cette mouvance comme marginale. Entre 2011 et 2018, tous les efforts se focalisaient sur la menace djihadiste", retrace l'expert bruxellois. Une menace dont les signalements ont d'ailleurs baissé de 16 % entre 2024 et 2025, selon l'OCAM.
Or, en mars 2019, l'État islamique tombe. "Cette période coïncide avec une montée de l'extrême droite violente", remarque Mohamed Fahmi. Au même moment, le suprémaciste blanc Brenton Tarrant tue 51 musulmans dans deux mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande. Diffusé en direct sur Facebook, ce massacre fera du terroriste australien une icône dans les sphères d'ultradroite. Et ce, jusqu'en Belgique.
"Dans la littérature scientifique, on appelle ça 'l'effet Tarrant'. Des communautés de fans lui vouent un véritable culte, avance le chercheur. Ces adeptes sont convaincus que l'Europe est en pleine guerre raciale. Ils utilisent les attentats islamistes comme des symptômes de cette confrontation. L'islamisme et l'extrême droite s'alimentent, car ils sont tous deux convaincus de vivre un conflit civilisationnel."
Un attentisme politique ?
En mai 2021, le danger du terrorisme d'extrême droite s'impose dans l'actualité belge. Jürgen Conings, un caporal limbourgeois, dérobe une importante quantité d'armes à feu à la caserne de Bourg-Léopold et disparaît dans la nature. L'affaire fait office d'électrochoc.
"On ouvre les yeux sur le danger du terrorisme d'extrême droite en Belgique", détaille Mohamed Fahmi. Avant de nuancer : "Sur le plan politique, il n'y a pas de réactions ou de décisions fortes par rapport à la montée du terrorisme d'extrême droite. Le projet de Bernard Quintin de pouvoir dissoudre des organisations radicales, par exemple, ne semble concerner que des groupes comme Samidoun ou les Antifas."
Confinement, Russie et Trump
D'autres facteurs peuvent expliquer cette résurgence. L'expert de l'ULB pointe notamment les conséquences de la pandémie du coronavirus. "Le confinement a accru la présence de jeunes en ligne. En pleine période de crise, les réseaux sociaux et leurs biais algorithmiques ont accéléré la radicalisation."
Sans compter, l'implication d'acteurs étatiques. "Aujourd'hui, nous avons des États qui encouragent et favorisent l'extrémisme. Ils exploitent les faiblesses de nos sociétés. L'élection de Trump est un catalyseur important en la matière. La Russie encourage aussi le passage à l'acte terroriste."
Au-delà de ces influences étrangères, la Belgique possède ses particularités nationales. Les groupuscules d'extrême droite sont ainsi presque exclusivement présents en Flandre. "Le nationalisme y est très implanté. Il ne faut pas non plus sous-estimer le discours de haine entretenu par le Vlaams Belang depuis des décennies", rappelle-t-il.
