Il incite ses amis à partir en Syrie puis se rétracte : "Il a encouragé les autres à partir pour une mort probable"
Anis avait hésité à partir avec ses copains en Syrie. Cela lui a sans doute sauvé la vie.

- Publié le 26-03-2021 à 12h06

Ils étaient quatre copains, à peine ou pas encore majeurs. On était à l'automne 2014. L'État islamique était un puissant aimant pour des jeunes en manque de repères. Hormis l'attentat au Musée juif de Bruxelles, le terrorisme n'avait pas touché l'Europe.
Ce sera en janvier 2015 que Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher seront frappés, quelques jours avant l'opération des Unités spéciales à Verviers qui se soldera par la mort de deux terroristes.
C'est au cours de cette période encore calme que le quatuor s'est, pour reprendre les mots de la procureure fédérale, "monté le bourrichon". Ils se chauffaient mutuellement pour la Syrie.
Le premier partira en septembre 2014. Deux autres le suivront en novembre. Le dernier, Anis (le prénom a été changé), les a toujours encouragés, les accompagnant même pour l'achat des billets pour la Turquie.
Il est resté en contact avec ses trois copains, qui sont sans doute morts, dont un dans un attentat-suicide en Irak. Ils lui ont envoyé des photos en armes.
Ils ont voulu le faire venir. Anis, qui au départ était le plus chaud, a invoqué divers prétextes pour ne pas les rejoindre.
En cours d'enquête, il a dit qu'il ne voulait pas abandonner sa maman. Mais il n'a jamais dit non à ses copains : "J'osais pas trop dire la vérité. Je voulais pas avoir une grosse confrontation", a-t-il dit jeudi devant le tribunal où il est le seul à être jugé en personne.
Et devant la juge qui lui fait remarquer qu'il n'avait pas coupé les ponts avec ses copains, dont l'un lui a envoyé une photo, couteau à la main, posant sur un corps décapité, il le reconnaît : "J'aurais dû réagir. C'était une faiblesse de ma part."
Aujourd'hui, c'est l'heure des comptes devant la justice. Anis est rangé. Il a acheté une maison. Il a coupé sa barbe. Sa femme a accouché il y a peu. "J'ai deux travails en CDI à temps plein", dit-il fièrement. Il est ambulancier.
"Il a encouragé les autres à partir pour une mort probable. Cela mériterait 40 mois. Mais les faits sont anciens", a relevé la procureure fédérale, qui, vu le temps écoulé, a requis un an, sans s'opposer au sursis. La défense plaide le 1er avril.
