Comment la police a pu démanteler un réseau de téléphonie cryptée prisé des criminels
La police a craqué le système de SKY ECC et a intercepté tous les échanges.

- Publié le 09-03-2021 à 23h10
- Mis à jour le 11-03-2021 à 12h44

C'est une opération d'une ampleur inédite : 1 600 policiers ont pris part à 200 perquisitions dans le pays, surtout à Anvers. La cible était inédite : une organisation fournissant des téléphones cryptés au milieu criminel.
Nos GSM permettent de nous localiser, nous écouter et identifier nos correspondants. Les criminels sophistiqués ne les utilisent plus. Ils choisissent des "cryptophones", qui ont l'apparence d'un GSM mais sont différents.
Sur ceux-ci, toutes les applications sont bloquées sauf, dans le cas qui vient d'occuper la police, celle de SKY ECC. Seuls des messages cryptés, écrits ou enregistrés et des photos peuvent être envoyés et reçus, uniquement de/vers un téléphone SKY ECC. L'abonnement est de 800 à 2 200 euros pour six mois.
Par le passé, chaque fois que la police tombait sur ces cryptophones SKY ECC, elle était démunie : impossible de récupérer les messages et l'historique du téléphone.
À l'issue de deux ans d'enquête, elle a réussi à infiltrer le système et à intercepter toutes les communications : un milliard de messages dont la moitié a été décryptée.
À la table des criminels
Ensuite, pendant trois semaines, les policiers ont lu en direct tous les messages. Ils se sont donc retrouvés virtuellement à la table des criminels car, pensant échanger en toute sécurité, ceux-ci parlaient librement.
"Même si nous sommes habitués, nous avons été surpris du niveau de violence, de la quantité astronomique de drogue qui circule. Cela nous a, d'une certaine manière, effrayés", dit le procureur fédéral, Frédéric Van Leeuw.
Pendant ces trois semaines, la police est intervenue en direct quand les messages étaient trop chauds ou que des personnes étaient en danger de mort. Quatorze magistrats ont assuré une permanence 24 heures sur 24 et 120 policiers ont été mobilisés quotidiennement.
Les résultats sont à la hauteur. Grâce à l'interception des messages échangés en direct, 17 tonnes de cocaïne ont été saisies à Anvers.
Mardi, il a été décidé d'intervenir. Sur les 70 000 cryptophones qui communiquent activement, 25 % se trouvent aux Pays-Bas (12 000) ou en Belgique (6 000), dont la moitié autour du port d'Anvers.
Ce qui laisse supposer que ce sont surtout les trafiquants de cocaïne et les criminels qui gravitent autour d'eux, comme les blanchisseurs, qui les utilisent. "Des lignes de commandement de groupes criminels ont été coupées", explique Eric Snoeckx, patron de la PJF.
Mardi, l'opération s'est concentrée sur le démantèlement de l'infrastructure SKY ECC et de son réseau de distribution ainsi que sur la saisie des avoirs criminels des distributeurs. Il y a eu 48 personnes privées de liberté. Des armes et plus de 1,2 million d'euros ont été saisis.
Le travail débute. Dans les mois, voire les années, à venir, il s'agira d'exploiter les "chats", qui ont déjà permis la découverte d'infractions et de groupes criminels.
