L'argent, nerf de la guerre des combattants de l'EI
Othman est jugé pour avoir envoyé de l'argent à son frère qui avaient rejoint l'État islamique en Syrie.

- Publié le 12-02-2021 à 10h42

Il ne faut pas nécessairement s'agréger à un groupe terroriste pour être poursuivi pour terrorisme. L'envoi d'argent à un membre de sa famille, qui a rejoint L'État islamique en Syrie, équivaut à une participation à un groupe terroriste. Othman M., 32 ans, l'a appris à ses dépens.
Othman fait partie d'une famille dont plusieurs membres ont embrassé les thèses djihadistes. C'est là un cas de figure que l'on rencontre régulièrement. Son plus jeune frère Marwan a quitté Bruxelles pour rejoindre l'État islamique en octobre 2015.
Othman a reconnu jeudi devant le tribunal correctionnel que, lui aussi, aurait voulu partir. "Mais dans les six mois, cela s'est estompé", dit-il. Il a gardé le contact avec son frère Marwan qui était à Raqqa, la "capitale" de l'EI et qui en, décembre 2015, lui disait qu'il "s'amuse à Raqqa".
En octobre 2016, Othman envoie 2 300 euros à son frère. En décembre 2016, il provoque une réunion de famille à l'issue de laquelle 4 400 euros sont envoyés. Le 6 janvier 2017, Othman veut transférer 2 200 euros à son frère. Mais la somme n'aboutit pas. Quatre jours plus tard, il parvient à envoyer l'argent.
Pour le procureur fédéral, Bernard Michel, cela prouve qu'Othman connaissait bien les filières d'envoi d'argent.
Pour M. Michel, ce n'est pas anodin. "C'est une constante que l'on retrouve de dossier un dossier. L'argent permettait de monter en puissance au sein de l'État islamique. Plus ils avaient de l'argent, plus ils sont montés dans la hiérarchie", relève-t-il.
Dans le dernier réduit de l'EI à Baghouz
Et le procureur de citer le fait que Marwan a été identifié dans le dernier carré de l'État islamique en février 2019 à Baghouz. Il était derrière une mitrailleuse. Pour M. Michel, "c'est grâce aux dons de Othman que Marwan a pu s'entourer des armes les plus meurtrières".
Après le dernier transfert d'argent, Othman sera perquisitionné. On retrouvera de la propagande djihadiste particulièrement violente dans son ordinateur. Dans sa voiture, ce seront des CD sur lesquels il a gravé des "Anashid", soit des chants djihadistes sur fond de… tirs de mitraillette. Othman sera inculpé et libéré sous conditions. Des conditions qu'il a respectées.
Othman l'assure : "Tout cela est derrière moi". La paternité - il a désormais trois enfants - l'a changé, dit-il. Le procureur fédéral n'en disconvient pas. Mais il estime qu'une suspension du prononcé ou un sursis seraient un mauvais signal. Il a requis 200 heures de travaux d'intérêt général. Jugement le 11 mars.
