"On réfléchit au concept" : l'idée d'une année préparatoire à l'enseignement supérieur circule
Les universités cherchent comment aider les étudiants, trop souvent mal préparés.

- Publié le 28-03-2022 à 10h14
- Mis à jour le 28-03-2022 à 10h20

Comment aider les étudiants qui passeront prochainement du secondaire au supérieur, après plusieurs années scolaires perturbées par la pandémie ? Cette transition est délicate. Les nouveaux étudiants arrivent avec des bagages très inégaux et allégés par la crise sanitaire.
Des mesures d'aide à la réussite existent dans la plupart des institutions (tutorat, remédiation…) ainsi que des programmes de préparation aux examens d'entrée là où ceux-ci sont un passage obligé. Une septième année secondaire permet également une mise à niveau dans certaines matières (math, sciences, langues et arts du spectacle et techniques de diffusion). Mais cela ne suffit pas toujours. Surtout quand l'ensemble des matières n'a pas pu être enseigné en fin de secondaire.
Dans ce contexte, les députées Marie-Martine Schyns et Alda Greoli (Les Engagés, ex-CDH) ont interrogé les deux ministres de l'Éducation (Caroline Désir, PS) et de l'Enseignement supérieur (Valérie Glatigny, MR) au parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, sur la pertinence d'organiser conjointement une année propédeutique pour les jeunes qui ne seraient pas prêts à entrer dans l'enseignement supérieur compte tenu des circonstances.
Le taux d'échec dépasse 50 %
"Ainsi, on mettrait directement le jeune dans une démarche de réussite, insiste Marie-Martine Schyns. Comme une rampe de lancement." Ce n'est pas un détail car le taux d'échec dépasse les 50 % en première année. "Les échos qui me reviennent me donnent l'impression qu'aujourd'hui, dans les écoles supérieures et les universités, chacun fait comme il peut face à ce problème…" D'où l'idée d'un cursus facultatif où les étudiants qui le souhaitent pourraient se renforcer avant d'effectuer le grand saut.
Un concept un peu similaire existe en France, mais intégré à l'enseignement supérieur. Pour s'inscrire à l'université, un étudiant doit présenter un dossier. En 2018, une nouvelle réponse possible s'est ajoutée au "oui" et au "non" : le "oui si". Si l'étudiant ne respecte pas l'ensemble des attendus, il doit effectuer un parcours de remédiation préalable. Ce dernier peut prendre plusieurs formes, dont une première année réalisée en deux ans.
La presse a relayé le manque d'engouement des étudiants pour une telle formule, qu'ils considèrent souvent comme une année perdue. À tort, ont répondu les autorités. Exemple : en première année d'administration économique et sociale (AES) à l'Université de Bordeaux, 70 % des étudiants recommencent leur première année. La proposer d'emblée en deux ans permet de mieux organiser les séquences. La clef, ont témoigné plusieurs responsables, consiste à faire beaucoup d'information et le plus tôt possible, dès le lycée.
"On y réfléchit"
Dans les universités de la Fédération Wallonie-Bruxelles, l'idée d'une année supplémentaire fait son chemin. "On réfléchit au concept, confirme Anne-Sophie Nyssen, vice-rectrice de l'ULiège en charge de l'enseignement et du bien-être. ldéalement, il faudrait intervenir bien en amont en secondaire (et pas forcément à la fin) pour aider à élaborer et à affiner un projet." Ce qui, bien sûr, nécessiterait des moyens supplémentaires… "Mais ce coût serait récupéré plus tard, grâce aux meilleures performances d'étudiants bien mieux préparés." Et de confirmer qu'aujourd'hui beaucoup d'étudiants sont perdus.
Dans les cabinets des ministres de tutelle, l'organisation d'une année propédeutique n'est pas à l'ordre du jour, ont répondu les deux ministres interrogées par Les Engagés, en rappelant les aides qui existent déjà. Elles mettent plutôt la priorité sur le renforcement d'une orientation positive.
À ce propos, la ministre Glatigny planche sur un test d'orientation informatif, non obligatoire et non contraignant, mais accessible à tous, avec un double objectif : analyser les compétences des étudiants et donner une information neutre sur l'offre d'études avant l'entrée dans le supérieur. Quel que soit le résultat du test, rien n'empêchera cependant l'étudiant de s'inscrire où il le souhaite.
La Flandre, elle, pratique un test d'orientation obligatoire et contraignant dans plusieurs filières. Elle renforce même ce dispositif. L'accès à quatre formations supplémentaires de l'enseignement supérieur néerlandophone (sciences pharmaceutiques, math, sciences de bioingénieur et physique et astrophysique) y sera d'ailleurs conditionné à la rentrée 2022, portant à douze le nombre de filières concernées. Le test permet à l'établissement d'enseignement supérieur de voir immédiatement quelle remédiation apporter.
