"Ma fille ne voulait pas aller en Israël, mais il y a eu le Musée juif…"
- Publié le 10-01-2019 à 09h41
- Mis à jour le 10-01-2019 à 09h42

Dans l'hétéroclite communauté juive de Belgique, l'attentat du Musée juif a été perçu comme un déclencheur. Le sentiment d'insécurité ressenti par ceux qui cachaient leur kippa dans la poche de leur manteau en quittant la synagogue s'est vu renforcé. L'antisémitisme, perçu comme grandissant, prouvait encore une fois qu'il a encore de beaux jours devant lui. L'alyah - "élévation" en hébreu, qui désigne le retour de la diaspora en terre d'Israël - a connu plus de succès. En 2015, 285 Juifs de Belgique ont décidé d'émigrer vers l'État hébreu, soit une hausse de 14 % en un an. La même année, le premier Salon de l'alyah était organisé à Bruxelles.
L'alyah de l'après-attentat
Si l'attentat du Musée juif n'explique pas tout, il a certainement joué un rôle décisif pour certains. "Ma fille est un exemple typique de l'alyah de l'après-attentat, explique Betty Dan, ancienne directrice de Radio Judaïca, organisatrice du Salon de l'alyah et directrice de KKL, une organisation environnementale israélienne. Elle est née, a grandi, s'est mariée et a donné naissance à un enfant en Belgique. Elle me disait toujours que s'installer en Israël ne lui conviendrait pas. Mais il y a eu le Musée juif. Pour elle, le choc a été très puissant. En quelques mois à peine, elle a fait son alyah. Au début, je pensais qu'elle allait revenir. Mais non. Ma fille fait partie d'une génération qui a grandi en entendant parler de la Shoah. Peut-être que ce n'était pas assez tangible. Peut-être que le fait de voir de ses propres yeux…"
Autre sentiment grandissant : celui d'être la cible d'un antisémitisme qui blesse et instaure la peur. Peur de se balader en arborant un collier avec une étoile de David - "Je le cache maintenant sous mon pull". Peur de laisser, exposées aux regards indiscrets, des revues en hébreu dans la voiture - "je les retourne pour qu'on ne les voit pas". Des craintes que Betty Dan a dû apprivoiser malgré elle. "Quand j'étais petite, je suis allée dans une école publique. Aujourd'hui, je ne connais pas un seul parent qui ferait cela. C'est ça, la terreur : le fait de ne plus pouvoir mettre ses enfants dans l'enseignement public", remarque-t-elle.
Le caractère antisémite de l'attentat
Betty Dan attend, entre autres, que le caractère antisémite du procès de l'attentat du Musée juif soit reconnu. Elle fait partie de ceux qui déplorent, depuis quatre ans, la réticence du monde politique à "appeler un chat, un chat". "Mehdi Nemmouche a le droit d'être défendu même si je trouve insupportable d'entendre ses avocats prétendre qu'il n'a rien fait. Évidemment, j'attends que le caractère antisémite soit reconnu. Parce que ce musée n'a pas été choisi par hasard. Tout le monde le sait. Et il faut que ce soit dit", ajoute-t-elle.
