La FGTB met la pression pour des hausses de salaires de 1,4 %
- Publié le 09-01-2019 à 06h46

Employeurs et syndicats entament la négociation de l'accord interprofessionnel.
Les organisations syndicales et patronales sont entrées cette semaine dans une période cruciale. Comme tous les deux ans, leurs représentants au groupe des Dix se mettent autour de la table en vue de conclure un accord interprofessionnel (AIP) pour les années 2019 et 2020. Ces négociations portent sur une série de dossiers comme la formation, la qualité de l'emploi, etc., mais surtout, elles doivent fixer le cadre dans lequel les salaires pourront évoluer dans le secteur privé durant les deux prochaines années.
La discussion sur les salaires pourra réellement débuter lorsque le Conseil central de l'économie, où sont représentés syndicats et patrons, aura remis son rapport sur la marge disponible pour des augmentations de salaires. Les calculs ne sont pas encore terminés, mais il se chuchote, ici et là, que la marge pourrait être comprise entre 1,1 % et 1,4 %. On en saura plus dans les prochains jours.
Avant d'entrer dans le vif du sujet, le syndicat socialiste a fait part de ses revendications à La Libre. "La marge doit être de 1,4 %, affirme haut et fort le président de la FGTB Robert Vertenueil. Enfin, je ne m'accroche pas à un chiffre précis avant de rentrer en négociation, mais disons que ce sera ma référence."
La loi est désormais plus stricte
Ce chiffre de 1,4 % ne tombe pas du ciel. Selon les données disponibles, argumente Robert Vertenueil, on prévoit que les salaires dans les pays voisins (Allemagne, France et Pays-Bas, qui servent de référence à la Belgique) vont augmenter en moyenne de 4,8 % en 2019-2020. Par ailleurs, en Belgique, le Bureau du Plan s'attend à une inflation et donc à une indexation des salaires de 3,4 % sur deux ans. Si on déduit ces 3,4 % des 4,8 %, on obtient une marge disponible de 1,4 %. "Avant les fêtes, la Banque nationale a évoqué pour sa part un chiffre de 1,3 %", ajoute le président de la FGTB. Et, pour rappel, le syndicat chrétien a exigé, de son côté, une augmentation de 1,5 %. Voilà donc la fourchette dans laquelle négociera le banc syndical.
Cependant, pour la première fois, ces négociations interprofessionnelles se déroulent dans un cadre resserré. La loi de 1996 sur la compétitivité des entreprises a été modifiée par la "suédoise". Désormais, pour éviter tout dérapage salarial par rapport aux pays voisins, il est prévu que l'on déduise une marge de sécurité de la marge disponible. Du coup, la marge finale pourrait être plus faible que 1,4 %.
Cela, Robert Vertenueil ne peut pas l'accepter. Il y a deux ans, on a prévu une marge de sécurité de 0,5 %. "Qu'en fait-on ? demande-t-il. Et le saut d'index qu'on nous a imposé, est-ce qu'on nous le rend en partie ? Cela fera partie de la négociation."
"Si on se fout de nous…"
Mais pour discuter, il faut être deux. "Nous allons négocier sérieusement, avec la volonté d'aboutir à un accord, annonce le boss de la FGTB. C'est très important de montrer que la concertation sociale fonctionne, surtout en cette période où la démocratie politique est en panne. Mais il faut que les employeurs négocient aussi sérieusement pour un AIP équilibré. Si on se fout de nous, il y aura une réaction dans les entreprises. On verra déjà plus clair dans quinze jours."
Pour Robert Vertenueil, les salariés ont fait assez de concessions. Les employeurs doivent comprendre qu'il y a une grosse attente sur les salaires. Quant au monde politique, "et ce qu'il reste de gouvernement", il doit répondre à l'urgence sociale mise en évidence par les "gilets jaunes" mais dénoncée depuis belle lurette par les syndicats et la société civile. "Le Parlement peut rectifier le tir : baisser la TVA sur l'énergie ; stopper le jobsdeal qui prévoit de renforcer la dégressivité des allocations de chômage et de durcir les conditions d'accès à la prépension, etc."
Et puis, à plus long terme, après les élections du 26 mai 2019, la FGTB réclame un débat de fond sur le financement de la sécurité sociale, afin qu'elle puisse encore jouer son rôle protecteur ; sur les pensions ("On peut réformer, mais pas dans la précipitation comme Bacquelaine") ; et sur la fiscalité, qui doit être rééquilibrée ("Les 'gilets jaunes' ne sont pas contre les taxes, ils sont contre les taxes injustes").
Pour soutenir ces revendications, la FGTB propose aux mondes syndical et associatif d'organiser le 4 février une "marche pour le pouvoir d'achat". Histoire d'enfoncer le clou, pour ceux qui n'auraient pas encore compris le message.
