Mehdi Nemmouche : l'enseignante frappée, les "impies", la compagne de son ami et une rencontre à Bruxelles

- Publié le 06-01-2019 à 18h24
- Mis à jour le 07-01-2019 à 15h19

L'attentat au Musée juif de Bruxelles était le premier lié à l'État islamique. Mehdi Nemmouche, jugé dès lundi, nie en être l'auteur.
À 33 ans, Mehdi Nemmouche a passé plus de la moitié de sa vie d'adulte en prison. Il avait 16 ans quand il s'est retrouvé, une première fois, derrière les barreaux pendant 15 jours. L'assistante sociale de la prison avait alors relevé qu'il se sentait bien à cet endroit, ayant trouvé "une certaine autorité qui semblait lui convenir".
Mehdi Nemmouche n'a pas été gâté par la vie. Sa mère, qui aura deux autres enfants avec deux autres pères, connaissait de graves problèmes psychiatriques. Elle ne lui a laissé que son nom de famille. À trois mois, il est en famille d'accueil. Il transite par des orphelinats et est épisodiquement hébergé par sa grand-mère, chez qui il habitera à Tourcoing entre ses 16 et 22 ans. Ce sont des années chahutées : à 17 ans, il fait tomber l'une de ses enseignantes par terre avant de la frapper avec une chaise.
Radicalisé en prison
C'est au cours d'une longue incarcération, entre 2007 et 2012, après des condamnations pour vols avec violence que sont notés les premiers signes de radicalisation. En 2010, il est détenu à Salon-de-Provence. Le directeur de la prison dresse un rapport. Il dénonce le fait qu'un "véritable pôle prosélyte" se crée dans son établissement. Il cite 12 noms. Mehdi Nemmouche est le premier. Il a demandé aux autres détenus "s'ils connaissaient quelqu'un pour poser des bombes dans le métro puisque c'est ce qu'il va faire en sortant".
L'administration pénitentiaire veut casser cette dynamique. Mehdi Nemmouche est transféré. À la veille de celui-ci, Mehdi Nemmouche menace. Il dit au directeur que s'il en a l'occasion, "il tuerait un maximum d'impies", qu'il rejoindrait le djihad et qu'il mourrait en martyr dans des attentats.
Il quitte la prison le 12 décembre 2012. Un ami, avec qui il a commis des vols et qui vit désormais en Flandre, vient le chercher. À peine sorti, il crie "Allah Akhbar". "Dieu est grand." Il ne veut pas vivre chez cet ami à Rollegem car sa religion ne lui permet pas de vivre en présence des chiens et de la compagne de cet ami. Il refuse les bonbons car ceux-ci contiennent de la gélatine de porc. Il se résigne à aller chez cet ami, logeant dans un box de garage.
Deux ans en Syrie
Moins d'un mois plus tard, c'est le grand saut. Il gagne la Syrie. Son passeport indique qu'entre le 21 février 2014 et le 18 mars 2014, il est passé par la Turquie, la Malaisie, Hong Kong, Singapour et la Thaïlande. Le 18 mars 2014, il réapparaît à Francfort. Il fait un crochet chez son ami de Rollegem où il ne voit que la compagne de ce dernier. Il passe une semaine chez sa grand-mère à Tourcoing.
Le 31 mars 2014, après une nuit dans une auberge de jeunesse à Bruxelles, il loue pour un mois une chambre à Molenbeek, dans un immeuble appartenant à un dentiste. On ne sait d'où vient son argent. Il vit de manière spartiate dans cette chambre meublée sommairement. Même dans sa jeunesse, Mehdi Nemmouche ne buvait pas, ne fumait pas, ne sortait pas. Intéressé par les sports de combat, on ne lui a jamais connu de relation sentimentale. La seule personne qu'il semble rencontrer à Bruxelles est Nacer Bendrer, qui est venu un jour à Bruxelles et que Nemmouche est allé trouver à Marseille. Ils s'étaient connus à la prison de Salon-de-Provence où Bendrer faisait partie du même pôle prosélyte.
Deux hommes dans le box des accusés
Nacer Bendrer, connu pour trafic d'armes en France et qui sera jugé avec Mehdi Nemmouche devant les assises de Bruxelles, conteste lui avoir fourni les armes. Il reconnaît que Mehdi Nemmouche lui en a demandé. Mais il ignorait son objectif.
Il l'a expliqué à la juge d'instruction : "Si quelqu'un veut une arme dans la rue, celui qui est en face ne demande pas pourquoi. Le vendeur ne veut pas savoir. Il prend l'argent et puis c'est tout. Si le vendeur pose la question, il va passer pour un indic. Et si l'acheteur dit pourquoi, il va effrayer le vendeur. Le vendeur amène l'arme, l'acheteur paie, discret de chaque côté."
Les deux hommes seront confrontés. Mehdi Nemmouche, comme lors de presque toutes ses auditions, a fait valoir son droit au silence, sauf pour dire que Nacer Bendrer n'avait rien à voir dans la tuerie. Quand les policiers lui ont demandé comment il pouvait prétendre que Bendrer était innocent si lui-même n'a pas participé aux faits, Mehdi Nemmouche est devenu très nerveux. Il a demandé le nom des enquêteurs. Et, lorsqu'il a reçu l'information, il leur a dit que "c'est OK, que quand il s'évade, il sait à qui il pourra rendre une petite visite".
